AGAPES FRANCOPHONES 2013

Le voyage comme rencontre de l’Autre et construction de l’identité – l’exemple des écrivaines francophones Adélaïde Fassinou et Calixthe Beyala (Bénin-Cameroun) 243 et l’apprivoiser» (Fassinou 2000a, 23). Déjà ici nous retrouvons un «voyage» in- terne au pays qui sert à former la personnalité de Modukpè et à l’éduquer. L’école lui permet, en effet, de contacter d’autres enfants et de rencontrer des africainsmais également des étrangers qui lui transmettent leurs savoirs et leurs connaissances. À un moment donné, Modukpè raconte que sa mère abandonne sa famille à cause de la polygamie de son mari, ainsi la jeune fille, dès qu’elle grandit, elle va rejoindre sa maman qui est allée s’installer en ville : ici nous constatons un mouvement du personnage principal qui part de lamaison natale dans un village au Bénin et qui ar- rive dans une grande ville « Koutonou » (Normalement on dit Cotonou , mais dans ce livre Adelaïde Fassinou l’écrit de cette façon, Koutonou) : « Lorsque j’arrivai dans la ville où vivait ma mère, je fus éblouie par les nouveautés que j’y retrouvai » (Fas- sinou 2000a, 31). Il s’agit donc encore d’un déplacement interne au pays qui repré- sente sans aucun doute pour cette fille le début d’une nouvelle vie à travers laquelle elle commence à former son existence de femme adulte. Elle quitte un village où la mentalité est encore arriérée et une maison dans laquelle elle n’avait pas du tout de liberté car elle était seulement soumise à la volonté de son père. Dès qu’elle arrive en métropole, elle vit une liberté jamais ressentie ailleurs : C’est ce jour que je pris la résolution de quitter mon père qui représentait un frein à mon épanouissement; ce qui m’amena à trouver refuge à Koutonou, la ville de tous les démons et péchés de ce monde. A Koutonou, je me retrouvai dans une ambiance, un cadre de vie complètement opposé à ce que j’avais connu jusque-là. Ce n’est pas que nous vivions dans le luxe maintenant, pas du tout alors, mais j’étais libre, libre comme je ne l’avais jamais été, et j’étais heureuse. (TO, 34) En revanche, lorsque la protagoniste raconte sa relation amoureuse avec Robert, un professeur de la faculté de droit, nous allons remarquer un mouvement « ex- terne » : en effet, ils ont un enfant, mais l’homme ne veut plus d’elle et veut rentrer enFrance où il a déjà une autre femme, blanche, qui l’attend. Cettemigration corres- pond à une sorte de fuite pour l’homme qui est africain, mais qui a déjà découvert un autre monde auparavant; il ne veut plus revenir en arrière et malgré sa liaison avec une femme de la même culture, il veut retourner en Europe et se sentir plus « occidental» qu’« africain ». Dès lors, nous pouvons noter que la rencontre avec l’Autre, c’est à dire la vie vécue en Europe par Robert, le conduit à un changement personnel et culturel : il fait ses études en France, après il enseigne au Bénin, mais il veut rentrer en France et y rester. En effet, quand nous vivons longtemps dans un autre pays, nous allons apprendre à vivre comme les gens qui y habitent; un mé- canisme d’apprentissage et d’assimilation d’un côté, et un mécanisme d’ouverture et d’acceptation de l’autre semettent enmarche. Le véhicule de cette relation est évi- demment la langue parlée et utilisée pour communiquer. Dans ce cas la langue fran- çaise, ancienne langue du colonisateur et donc langue officielle au Bénin, fait fonc- tion de trait d’union entre la culture africaine et occidentale. Au contraire, nous ne pouvons pas dire lamême chose pour le personnage deMo- dukpè, car elle n’a jamais été en Europe et la seule altérité qu’elle connaît se trouve à Koutonou (loin de son village d’enfance) à cause des caractéristiques de la ville même: grande, bruyante, culturelle, moderne, mais aussi à cause de la figure de son amant Robert, que nous pourrions définir comme un Africain « blanc ».

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