AGAPES FRANCOPHONES 2013
Erica TACCHINO Universités de Gênes et de Nice Sophia Antipolis, Italie, France 244 1 Voir Erica Tacchino, Aspects d’une Littérature Autre: les relations entre postcolonialisme et francophonie à travers les ouvrages des écrivaines africaines Adélaïde Fassinou et Buchi Emecheta, N°1, The African Students’ Journal, ASRI, page 3) Modukpè, malgré son cœur brisé, vers la fin du roman, dit à Robert qu’elle veut bien envoyer leur fils chez lui en France afin qu’il ait une meilleure éducation. Là aussi nous retrouvons un déplacement « externe » des personnages qui a une signi- fication positive pour la construction de la vie d’un individu. En effet, on peut remar- quer une relation d’interdépendance qui naît entre les états colonisés (dans ce cas le Bénin) et les puissances économiques actuelles (dans ce cas, la France). 1 Cependant, il faut noter que parfois, dans cette approche avec l’étrangeté on peut être curieux ou avoir l’impression d’unemenace, car, comme l’affirme Christiane Al- bert ce qui prédomine : « c’est la peur d’être confronté à une autre culture et de s’as- similer au point de se sentir décalé par rapport à sa culture d’origine. Et cela se vit aussi bien chez l’Africain et chez l’Européen. Dans un Chant écarlate11 (Mariama Bâ, Le chant écarlate, Les nouvelles éditions africaines, 1981), la présence de Mi- reille dans l’univers traditionnel de son mari est considérée comme une trahison, une abomination qui peut présenter un danger à la famille » (Abossolo 2012, 9). Dans Modukpè le rêve brisé , Robert est désormais « transformé » par la nouvelle culture assimilée et n’arrive pas à rester enAfrique avecModukpè car elle représente la tradition et sa vie précédente. Au contraire, la menace pour elle est représentée par la femme blanche de Robert qui l’attend en France. De plus, la personne qui se trouve entre ces deux civilisations développe une identité hybride et c’est souvent grâce à cette identité qu’elle arrive à progresser dans sa vie. Par exemple, il s’agit du cas évident des écrivaines francophones : elles éc- rivent et elles emploient la langue française pour transmettre leurs connaissances et leur identité se penchant vers unmonde pluriculturel etmétissé. Comme l’affirme par exemple Sabine Kraenker (en ce qui concerne les écrivains francophones d’ori- gine arabe) : Les auteurs contemporains sont différents de leurs ainés en ce qu’ils ne cherchent nullement à revendiquer une identité contre une autre, à défendre par exemple leur identité algérienne dans un environnement français ou à opposer les différentes composantes de leur identité. Ce à quoi ils aspirent au contraire, c’est à une reconnaissance desmultiples facettes de leur identité car leur identité profonde c’est justement d’être entre deux pays, deux cultures, l’un avec l’autre et non l’un contre l’autre. (Kraenker, 2009) Nous pouvons aussi affirmer que les écrivaines de notre étude représentent le pur produit de la colonisation française (et pour le Cameroun en partie anglaise). En effet, c’est grâce à la culture française que les auteures ont pu évoluer dans leurs vies : par exemple, le français leur a permis d’échapper à l’analphabétisation et leur a permis de devenir écrivaines. Cependant, cela ne signifie pas qu’en Afrique les langues n’existaient pas, au contraire, mais les langues ethniques africaines sont sur- tout des langues orales, donc la population de ces pays a commencé à écrire en ap- prenant la langue du colonisateur. Ainsi, la langue proprement écrite leur a permis d’échapper à leur condition et à leur tradition ; en effet, les écrivaines de la Diaspora comme Calixthe Beyala, grâce au français, ont pu commencer à faire partie d’une autre société et elles ont acquis, grâce à cette langue, plusieurs droits, comme par ex- emple celui de voter.
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