AGAPES FRANCOPHONES 2013
Le voyage comme rencontre de l’Autre et construction de l’identité – l’exemple des écrivaines francophones Adélaïde Fassinou et Calixthe Beyala (Bénin-Cameroun) 245 Par conséquent, on peut affirmer qu’il s’agit d’un vrai processus d’ « accultura- tion » pour beaucoup de ces écrivaines : elles s’enrichissent grâce à une autre culture et cependant, elles ne perdent pas leur culture d’origine ; elles peuvent en effet tou- jours garder deux points de vue différents, l’un en Afrique et l’autre en Europe. Cela dit, on pourrait se demander : comment ces écrivaines communiquent-elles avec leur lecteur ? Dans quelle mesure ce rapport se construit-il ? A travers l’analyse des romans de l’auteure Béninoise et de l’auteure Camerounaise, nous verrons que leur manière de transmettre est plurielle. D’abord, comme nous venons de le dire, nous assistons à une communication avec les lecteurs par le biais de la langue française, la langue de la colonisation. Cela leur permet d’élargir leur lectorat; car l’utilisation de la langue ethnique aurait pour risque de ne pas être lues ni d’un public français ni d’un public africain. En plus, ce dernier est divisé en plusieurs ethnies disparates. Ainsi le français devient la langue véhiculaire qui permet de se faire comprendre par tous, en particulier par leurs con- citoyens. Cependant, on peut aussi remarquer que parfois, les auteures emploient leurs langues d’origine lorsqu’elles insèrent au milieu de la narration des mots dans une des langues africaines. Cela se perçoit surtout en lisant les ouvrages d’Adélaïde Fas- sinouoùnous retrouvons plusieursmots en langue fon qui concernent en particulier la cuisine, par exemple afitin qui est le nom de la moutarde locale ou sodabi qui est le nomde l’alcool de vin de palme. (Fassinou, 2000b 87 et 40) Par conséquent, nous notons que cela n’est pas un hasard car, cette écrivaine ne part pas vivre en France, mais elle reste attachée à son propre pays, tandis que dans les romans de Calixthe Beyala il est rare de trouver des mots africains. Donc, les deux romancières sont unies non seulement par les sujets traités, mais aussi par la langue européenne utilisée. En effet, la langue française relie les deux auteures africaines et représente un instrument de démocratisation et de développe- ment fondamental pour les écrivaines africaines francophones ; comme nous l’avons affirmé, elles peuvent communiquer avec tout type de public et garder aussi leur tra- dition en ajoutant des éléments de leur mémoire ancestrale. Par exemple, c’est dans Yèmi ou lemiracle de l’amour que, comme nous venons de le voir, on va repérer plu- sieurs mots en langue fon , et ici aussi nous remarquons que les déplacements de la protagoniste Yèmi (d’abord du village à Koutonou et ensuite de la ville au village) représentent pour elle unmoyen d’amélioration de sa vie et une source de bonheur; en effet, elle est rentrée dans une famille qui habite Koutonou comme enfant vido- mègon et elle en est devenue unmembre très important car, grâce à ces personnes, elle a pu aller à l’école et elle a été aimée comme un enfant de la famille même. Cependant, pour se rendre en ville et aller travailler, il arrive souvent que ces enfants doivent quitter leur village et leur noyau familial d’origine : L’honneur revint donc à Yèmi d’éclairer l’assistance sur Sêtin, le village où elle vit le jour, il y a de cela bientôt quinze hivernages. Elle se souvenait d’une longue route bitumée, qu’on empruntait à la sortie du village, route qui traversait plu- sieurs hameaux et une grande agglomération, avant qu’on atteigne la deuxième grande ville, Koutonou, où elle vivait, depuis bientôt quatre ans maintenant. Sêtin était un petit village d’un millier d’âmes, situé au sud du pays, qui s’éten- dait sur le versant ouest du plateau de l’Ogoumé. Les habitants du bourg s’occu- paient essentiellement de la terre; hommes, femmes et enfants consacraient le plus clair de leur temps et leurs forces aux activités champêtres, et en retour,
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