AGAPES FRANCOPHONES 2013
Erica TACCHINO Universités de Gênes et de Nice Sophia Antipolis, Italie, France 246 Dieu merci, celles-ci leur permettaient de vivre, grâce aux produits qu’ils en ti- raient : essentiellement dumaïs, des tubercules de manioc, quelques variétés de légumes dont la région avait le monopole. (TO, 119) De plus, nous notons que la migration du village à la ville correspond presque tou- jours à la découverte des conditions de vie meilleures, et que le village représente pour la plupart du temps la tradition et la lenteur par rapport à la pression urbaine et à la modernité qu’une ville peut offrir. En revanche, il n’est pas toujours vrai que le fait de se déplacer d’un pays moins développé à une ville dans un pays plus moderne, apporte des conditions positives. Dans Le roman de Pauline de Calixthe Beyala, nous notons que la vie dans une ban- lieue de Paris peut être bien plus difficile qu’une existence vécue dans un village afri- cain : Pauline, adolescente d’origine camerounaise, vit à Pantin, dans les quartiers périphériques de la capitale française, elle déborde d’énergiemais un climat familial délétère a empoisonné son enfance et perturbé sa scolarité. Son père a disparu peu après sa naissance, samère ne l’aime pas, son frère appartient à la pègre locale et son petit-ami la traite sans égard. Quant à l’assistante sociale qui devrait s’occuper de son éducation, elle n’a aucune influence sur la jeune fille qui est en train de basculer dans le monde équivoque des expédients et de la prostitution. Cet environnement socio-familial déplorable limite l’horizon de Pauline mais ne l’empêche pas d’ob- server le monde qui l’entoure. Toute cette dureté est bien soulignée par le style d’éc- riture de Calixthe Beyala : très incisif, très fort, un mélange de réalité et de fiction, tandis que le style de Fassinou est beaucoup plus sobre et réaliste. Ici nous retrou- vons le thème du voyage (externe), car la mère de Pauline a émigré en France de l’Afrique pour tenter d’atteindre unemeilleure qualité de vie.Malheureusement, elle découvre le milieu très compliqué de la banlieue et elle devient prostituée. Par con- séquent, nous pouvons affirmer que dans ce cas, la rencontre avec l’Autre n’est pas positive, car le fait de se trouver dans un lieu étranger et quand même de parler la langue de ce pays ne l’aide pas à vivre heureusement, de plus elle doit faire face aux problèmes raciaux. Cela vaudrait aussi pour sa fille, Pauline, mais aucontraire, grâce à une professeur (Mathilde) qu’elle connaît à l’école, elle pourra survivre et avoir plus d’espoirs pour son avenir. Donc, dans ce cas, la confrontation avec l’Autre de- vient quelque chose de positif et de formateur pour sa vie. Mathilde va lui offrir la possibilité de changer de cap, de se dépasser et d’envisager le futur avec optimisme. Comme on l’imagine, ce personnage clé permet à Calixthe Beyala de mettre l’accent sur les vertus du travail et de l’autodiscipline qui seules, à son avis, permettent d’a- vancer dans la vie. Elle ne montre aucune commisération envers les élèves qui es- saient de justifier leurs mauvais résultats scolaires ou des comportements inaccep- tables en prétextant des conditions familiales difficiles ou la provocation, comme elle le rappelle à Pauline avec humeur : ... Vous pensez que tout vous est dû. Que vous méritez qu’on vous aide au-delà du raisonnable, sans que vous ayez à lever le petit doigt ni à faire le moindre ef- fort. Vous êtes convaincus que tout le monde doit se plier à vos désirs, parce que la société a été injuste avec vos parents et que ce n’est que justice si vous bafouez les règles et emmerdez tout le monde... Mais ce petit chantage ne fonctionne pas avec moi. (Beyala 2009, 199–200) Par ailleurs, Calixthe Beyala nous fait comprendre aussi à travers Lou, l’un des per- sonnages noirs féminins, que les africains sont conscients de tous leurs problèmes
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