AGAPES FRANCOPHONES 2013
Le voyage comme rencontre de l’Autre et construction de l’identité – l’exemple des écrivaines francophones Adélaïde Fassinou et Calixthe Beyala (Bénin-Cameroun) 247 sociaux et que sans la colonisation ces complications n’existeraient pas, mais ils savent aussi qu’ils pourraient faire des efforts pour « s’en sortir ». Les émeutes récentes qui ont éclaté dans les banlieues dont Beyala a fait le thé- âtre de plusieurs de ses romansmontrent que les problèmes liés au racisme, à la vio- lence, aux préjugés, aux idées reçues et à la désespérance qui bouchent l’horizon des communautés locales sont loin d’être résolus dans la France d’aujourd’hui. Cepen- dant, dans le même temps, toujours plus nombreuses sont les jeunes femmes qui, comme Lou, Pauline et Mathilde, se libèrent d’un environnement défavorable à la mobilité sociale des individus. « Dans un monde en pleine évolution, une nouvelle génération de jeunes femmes dynamiques est prête à assumer ses responsabilités à tous les niveaux de l’Etat et des entreprises. Ce sont ces femmes, suggère Beyala, qui brisent le cercle vicieux des inégalités et des préjudices. » (Volet 2009) De plus, on peut noter que l’endroit (Pantin) où les personnages évoluent res- semble à un village («A Pantin, on vit comme dans un village» (TO 22) donc il paraît un village d’Afrique au cœur d’une ville même, mais les éléments qui les distinguent sont évidemment le lieugéographique, le climat, lamodernité et les problèmes qu’on vient de considérer ; toutefois, nous remarquons une ressemblance avec l’Afrique car les espoirs pour une vie joyeuse ne sont pas nombreux : Quand je suis venue aumonde, à Paris, la porte de Pantin était déjà ce qu’elle est encore aujourd’hui, un endroit où les ambitions, comme les illuminations de Noël, tiennent dans une main. Par temps de pluie, ses rues semblent endormies. Son église en briques est si délabrée qu’elle penche vers la place du Marché et le marché lui-même est silencieux. (TO, 15) En conclusion, si on devait résumer l’importance et la spécificité de cette littérature à travers les romans de ces écrivaines, nous pourrions affirmer qu’en général nous étudions et suivons la constitution d’une identité féminine qui se construit sous plu- sieurs angles : culturel, politique et sociologique. D’abord, les femmes forgent leur identité culturelle grâce à l’école et à l’univer- sité ; l’instruction devient ainsi un élément très important pour leur vie. Elles acqui- èrent de nouvelles connaissances qu’elles peuvent utiliser pour mieux appréhender elles-mêmes et leur société. Les jeunes filles commencent à fréquenter l’école beau- coup plus tard que les garçons : c’est pour cette raison que la littérature féminine africaine est apparue après celle des romanciersmasculins. De plus, leur identité po- litique et sociologique se forme grâce à leur engagement personnel et professionnel. Nous pouvons noter immédiatement une différence par rapport aux auteurs afri- cains des générations précédentes (Léopold Sédar Senghor par exemple) qui criti- quaient plutôt l’entreprise coloniale dans leurs pays, tandis que les écrivaines con- temporaines dénoncent plutôt leurs gouvernements actuels en s’inspirant des idéaux de la démocratie occidentale. Par ailleurs, elles s’engagent à défendre leurs droits et ceux de leurs enfants, car elles veulent construire une meilleure société où les femmes et les enfants ne seront plus soumis ni exploités. Nous avons pu remarquer que pour fréquenter l’école, elles commencent à se dé- placer du village à la ville. Adélaïde Fassinou dans Modukpè peint ces passages du village à la ville et du Bénin à l’Europe lorsqu’elle parle de l’enfant aîné de l’héroïne qui est envoyé chez son père enFrance. Ensuite, dans Yèmi ou lemiracle de l’amour , elle décrit aussi lesmouvements des enfants des villages vers les villes dans leurs fa-
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