AGAPES FRANCOPHONES 2013

249 Errance et récit : La Nuit de Londres de Henri Thomas Dana U NGUREANU Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie Résumé. Voyageur infatigable, Henri Thomas a passé sa vie comme une errance perpé- tuelle entre les grandes métropoles (Paris, Londres, Boston) et les espaces presque déserts des Vosges ou des petits villages de pêcheurs. La Nuit de Londres (1956) est le roman qui illustre peut-être le mieux ce besoin foncier de mouvement de l’auteur à la recherche d’un sujet d’écriture, d’un style et de soi-même. Le personnage principal, Paul Souvrault, est en quelque sorte le double d’Henri Thomas car l’auteur a publié ses premiers textes en utilisant ce pseudonyme et a passé lui-même dix ans dans la capitale britannique comme employé de la B.B.C. Il n’est donc pas impossible de lire ce texte comme une autofiction où l’auteur s’est amusé à imaginer sa propre mort, englouti par la nuit. Cet article propose une lecture plurielle de l’errance et l’analyse en tant que déambulation spatiale, quête de la vérité et métaphore de l’écriture. Abstract. Restless traveler, Henri Thomas spent his life as a prepetual wander between the metropolis (Paris, London, Boston) and the almost wild places of the Vosgi or of the fisher- men villages. La nuit de Londres (1956) (London Night) is the novel that probably best il- lustrates the author’s born wish of traveling in the search of a theme for a novel, of a style or of himself. The main character, Paul Souvrault, is somewhat the author’s double who himself lived for 10 years in the British capital as a B.B.C employee. Therefore it’s not im- possible to read this text as an autofiction in which the author amused himself by imagining his own death, swallowed by the night. This article is giving us a versatile reading of the wand- er and analyzes it as spacial move, the search for one’s self and a metaphor of the writing. Mots-clés : errance, image, symbole, autofiction, littérature autoréflexive Keywords : eranta, image, symbol, autofiction, self reflective literature Voyager et écrire sont deux notions qui vont souvent de pair, de façon qu’on pour- rait considérer, à la suite de Walter Benjamin, que le récit de voyage serait à la source de la littérature. Le texte de voyage bénéficie d’un statut particulier dans la littérature européenne qui, avec Homère, trouve son origine dans un périple mythique, l’ Odyssée . Porte ouverte sur le monde lointain et inconnu, ce type de texte enchante le lecteur et lui donne accès à une géographie, des sociétés et des cultures peu accessibles autre- ment. À la fin du Moyen Âge, le célèbre ouvrage de Marco Polo, Le livre des mer- veilles du monde (1298), a donné aux lecteurs européens maints détails sur les so- ciétés de l’Extrême-Orient et au XVII e siècle, ce genre de récit devient une impor- tante source d’informations pour des négociants, aventuriers et explorateurs de tous genres. L’auteur du récit de voyage peut être un poète, un romancier, un historien, un géographe, un navigateur, un chroniqueur, un militaire, un médecin, un ecclésia- stique, etc. À cette variété d’auteurs correspond une pluralité de formes narratives: guide de pèlerinage, récit diplomatique, récit scientifique, autobiographie (journal ou lettre), fiction et voyages imaginaires. Mais en marge de ces typologies, il y a une catégorie de voyage beaucoupmoins exploitée par la littérature et presque non abor- dée jusqu’à l’époque moderne: l’errance.

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