AGAPES FRANCOPHONES 2013

Tamara VALĆIĆ BULIĆ Faculté de philosophie, Université de Novi Sad, Serbie 260 1 En réalité, Némirovsky projetait de faire une tétralogie, mais elle n’a pas eu le temps de la finir. 2 Dans unentretienen2005, le fils de cet éditeur, Jean-Louis Carbuccia, avance que sonpère l’avait fait « parce que c’était beaucoup plus digne. » (Philipponat&Lienhart 2007, 355) 3 Les différents titres que l’auteur avait envisagés pour ce roman : Jeunes et Vieux , La Jeu- nesse et l’Agemûr , Jeunesse et Maturité , Jeunesse et Age mûr (Philipponat&Lienhardt 2007, 336), suggèrent tous la même idée de représenter les différents cycles de la vie. 4 Les sujets des romans évoqués sont plus complexes que l’on ne peut le présenter pour cette occasion. 5 Lamême idée se retrouvedans les notes deNémirovsky pour Suite française , «En somme : lutte entre le destin individuel et le destin communautaire. » (Némirovsky 2004, 536) française n’a été publiée qu’en 2004, après la découverte très tardive du manuscrit dans les papiers personnels de Némirovsky, par une de ses filles. Cette œuvre in- achevée 1 qui s’est vu attribuer le Prix Renaudot, fait exceptionnel car la récompense fut posthume, est enmême temps celle qui a fait redécouvrir l’auteur elle-même, mé- connue et oubliée après laDeuxièmeGuerremondiale. La seconde, légèrement anté- rieure, Les Biens de ce monde , est parue en feuilleton au printemps 1941 (avril-juin) dans Gringoire , pourtant revue d’extrême droite ; par prudence, l’éditeur en chef de la revue préfère la publier sous pseudonyme : « roman inédit par une jeune fem- me » 2 ; ce n’est qu’au sortir de la guerre, en 1947, que le roman paraîtra en librairie. Les Feux de l’automne enfin – roman écrit pendant l’année 1942, ne sera pas publié du vivant de Némirovsky, mais beaucoup plus tard, en 1957. L’histoire des Biens de cemonde 3 , c’est celle de la familleHardelot, bourgeois pa- petiers à Saint-Elme, une petite ville (inventée) au Nord de la France ; l’œuvre re- trace plus de trente ans de leur existence laborieuse, pleine de traverses, ou comme le disent les biographes de Némirovsky, « l’interminable abnégation qui a fait des enfants de la Belle Epoque les dupes de 1940 » (Philipponat&Lienhardt 2007, 335). Un sujet assez semblable, mais comme en négatif, c’est celui traité dans Les Feux de l’automne , la vie de deux jeunes bourgeois parisiens, Thérèse et Bernard : après l’ex- périence de la « Grande Guerre », ce sont la soif de vivre, l’égoïsme et l’amour du gain qui l’emportent chez Bernard, contrairement à son épouse, femme dévouée et aimante, pour qu’enfin, la « drôle de guerre » apporte à ce couple de nouvelles épreuves 4 . Suite française , enfin, imaginée comme une fresque de la guerre qui bat alors son plein, relate dans sa première partie l’exode de 40 et le sort de différents personnages qui l’affrontent (LaTempête en juin), puis dans la seconde, l’arrivée des Allemands dans un village en France en 41 et la tentative de s’accommoder de la présence de l’ennemi dans de difficiles conditions (Dolce). Les mots de Némirovsky elle-même à propos des Biens de ce monde pourraient, en somme, s’appliquer aux trois romans étudiés ici : « Il y a un sujet dans le roman, un seul. C’est le sujet par ex- cellence, et surtout le sujet de notre temps : la lutte entre l’homme et son destin. Entre l’individu et la société, […] entre le désir de l’individu de vivre pour lui-même et le destin qui le pétrit, qui le broie pour ses fins à lui. » (Philipponat&Lenhart 2007, 336) Les trois œuvres traitent donc chacune « la lutte entre l’homme et son destin » 5 et dans cette lutte, à plus grande ou à plus petite échelle, les épreuves de la guerre. Pour les civils, celle-ci est accompagnée de déplacements forcés, d’exodes parfois spectaculaires ; c’est le cas en 1914 déjà, et, bien plus encore, en 1940. C’est pourquoi l’exode, voyage non choisi, est une véritable initiation à l’âpreté de l’existence : c’est

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