AGAPES FRANCOPHONES 2013

Raïa ZAÏMOVA Institut d’Études balkaniques, Bulgarie 268 En 1893 Aleko Konstantinov et ses deux compagnons se rendent à Chicago pour visiter l’Exposition universelle et découvrir le Nouveau-Monde. Cette aventure pré- sentée verbalement dans son livre imprimé pendant l’année suivante marque le dé- but des relations des voyages bulgares à l’étranger. Les motifs des voyageurs sont simples et clairs : connaître un pays industrialisé qu’ils connaissaient vaguement par la voie littéraire, constater son progrès technique ou en général, satisfaire leur propre curiosité pour un monde lointain où le make money stimule le développe- ment de ce même pays. Le public lettré bulgare avait déjà quelques idées du continent américain. Selon le texte d’unmanuel scolaire (1879) les États-Unis occupaient la quatrième place sur l’échelle mondiale d’après le nombre de leur population et le degré de développe- ment industriel. (Iltchev et Mitev, 448) Quelques décennies avant la vulgarisation de ce témoignage des missionnaires protestants d’Amérique s’étaient installés dans les provinces balkaniques et, pendant les années 1870 avaient déjà organisé leurs écoles. Leurs activités se faisaient en collaboration des intellectuels bulgares. (Klark 2013) Quelque temps avant le départ d’Aleko Konstantinov pour l’Amérique les jour- nalistes bulgares étaient convaincus qu’il avait le talent d’un écrivain capable à ra- conter son séjour dans le pays lointain. À cet effet ils lui avaient suggéré de prendre des notes au cours de son voyage. Si le récit de l’écrivain Vazov (« Dans les entrailles des Rhodopes ») précède le voyageur Vazov, chez Konstantinov c’est le contraire : la passion de voyager devance celle de l’écrivain et détermine sa curiosité de con- naître l’étranger afin d’introduire le « je » bulgare dans l’échange spirituelle mon- diale. (Konstantinov 1998, 6–8) Le goût du déplacement, le sens de la beauté natale de la nature qui n’a rien à envier à la montagne suisse (« Quoi ? La Suisse ?! », « La Bulgarie suisse ») contribue énormément à développer dans le grandpublic le senti- ment de la pratique des voyages et du tourisme. Aleko Konstantinov – le plus sou- vent appelé uniquement par son prénom– initie l’organisation de la première asso- ciation de tourisme en Bulgarie (1895) et la première station touristique dans le mont Vitocha, portant son nom– « Aleko ». Il en est demême pour un sommet dans le mont Rila. Mais à la curiosité intellectuelle pour le Nouveau-Monde s’ajoute au goût de la nature bulgare partagé dans ses notes de voyage publiées dans la presse de l’époque. Ces deux sentiments forment le noyau de ses émotions positives qui révèlent un esprit toujours en éveil. À la question journalistique « Quelle odeur pré- férez-vous ? » il avait répondu : « Celle des trains et des paquebots ! » (Hateau, 101–104) Le texte de Jusqu’à Chicago et retour est rédigé en première personne du sin- gulier. Le voyage de Sofia à Paris se fait par train via la Serbie. Du moment qu’à l’époque une telle aventure attirait les regards humains, toute une foule de gens ac- compagnait les voyageurs dans leur départ à la gare de Sofia. Le narrateur partage verbalement ses émotions positives et inoubliables qui augmentent au cours de son déplacement vers Paris et LaHaye où le fameux à l’époque transatlantique «LaTou- raine » engloutit une autre masse de populations venant de tous les coins de l’Eu- rope : « „Adieu, adieu !“. Je dis adieu en pensée àmes amis, à la Bulgarie, à l’Europe, au Vieux monde, et j’avais le sentiment de partir non pas vers un monde Nouveau, mais bien plutôt vers l’Autre monde, arraché à la terre et aux hommes. Quel étrange état d’âme ! » (Constantinov 1967, 155)

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