AGAPES FRANCOPHONES 2013
Une découverte bulgare du Nouveau monde 269 Europe – Amérique L’inconnu et le lointain s’avèrent les éléments d’un monde existant mais inexploré par les Bulgares. À part la grande ville de New York, Aleko (je me permets de le citer ainsi, par sonnomle plus connu et respecté en Bulgarie) visite Albany, Chicago, puis Washington, Boston et Philadelphie, toujours accompagné par ses deux amis : Golo- vinov (Filaret), fonctionnaire au ministère bulgare de l’Intérieur et le docteur Ta- bournov. Dès ses premières impressions de son éloignement du Vieux continent le voyageur partage ses émotions à la base des comparaisons faites entre l’Europe et le Nouveau-Monde. Le transatlantique qu’il décrit avec détails dans son intérieur et ses passagers lui paraît « gigantesque », le port de New York est incomparable par sesmesures et par son traficmaritime aux ports européens, les gratte-ciels (associés à la tour de Babylone) et l’Exposition universelle dépassent son imagination. Le paquebot « La Touraine », identifié à un « palais » qui se perd dans l’immensité de l’océan, devient agaçant et ennuyant uniquement aumoment où on souffrait dumal demer. En approchant le port de NewYork la statue de la Liberté, attendue avec im- patience par les passagers, dite « glorieuse Statue de la Liberté…brandissant majes- tueusement le flambeauduProgrès », lui semble décevante. Le tour parisien d’Aleko des années précédentes lui permet de comparer la fameuse statue américaine à la Tour Eiffel, beaucoup plus impressionnante et étonnante par sonarchitecture. Il faut remarquer que toutes les deux sont le résultat du savoir-faire technique français et de l’ingénieur Eiffel qui contribua à la construction de la Statue de la Liberté (1886), devenue également symbole de l’émancipation vis-à-vis à l’oppression humaine et offerte par la France aux États-Unis au nom de l’amitié entre les deux nations. Voilà pourquoi le voyageur bulgare qui a eu la possibilité d’observer ces deux monuments de la modernité se permet à faire la comparaison entre eux tout en estimant hautement le « Progrès » de la pensée technique et artistique de son l’époque. Les lumièresmaîtrisées par le courant électrique impressionnent également Ale- ko, dont le voyage américain (1893) se réalise quelques années avant l’électrification de Sofia (1900) : un seul bouton suffit pour allumer une lampe dans la cabine du transatlantique, le salon dans son hôtel est « féeriquement illuminé d’une profusion de lampes électriques », l’ascenseur est un « réduit sombre » qui se détache du sol et fait monter les passagers, à l’Exposition universelle on trouve un théâtre élec- trique, des petites étoiles électriques clignotent sur le plafond de l’Opéra à Philadel- phie etc. (167, 195, 221) Son récit trépidant emporte le lecteur dans les salles théâ- trales éclairées et dans la belle ville de Washington pour admirer la beauté de la ver- dure, les maisons en rouge brique où « le soir, à l’électricité, les rues asphaltées re- luisent comme un parquet bien ciré. » (218) La capitale des États-Unis – toujours comparée dans le texte du récit avec les villes occidentales de l’Europe – est consi- dérée comme la plus belle de celles que l’auteur avait déjà visitées. Le manque de fabriques et de fumées, les rues propres et asphaltées, lesmaisons bâties dans la ver- dure ressemblent à une villégiature estivale d’une grande ville, peuplée de gens de la race blanche et noire. Hommes et femmes d’une finesse remarquable, endiman- chés se promènent dans les rues toujours souriants. (216–217) Le côté urbain préoccupe tout le temps l’esprit du voyageur qui, à la vue de Broadway se rappelle la Ringstrasse de Vienne avec son ensemble architectural ad- mirable, œuvre d’une bonne réalisation artistique. Mais rien n’est comparable à l’étonnante diversité de Broadway où les édifices sont tous différents en style, en
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