AGAPES FRANCOPHONES 2013

Raïa ZAÏMOVA Institut d’Études balkaniques, Bulgarie 270 grandeur et en couleurs. Le nombre d’étages, s’élevant jusqu’à quinze et la publicité en couleurs variées, la concurrence sans limites et ses résultats surprenants, à côté d’une véritable marée humaine qui circule dans les rues fatiguent le voyageur. L’or- ganisation du corps des pompiers paraît impeccable dans les villes américaines où les incendies sont assez fréquents. Dans cet espace urbain une image balkanique re- vient dans l’esprit d’Aleko qui remarque : « les Yankees de pure race [qui] se tiennent devant ou à l’intérieur de leurs magasins, en bras de chemises ou en gilet, les jambes sur une chaise ou sur le comptoir, le cigare entre les dents, fumant et cra- chant comme de vrais paysans chopes [de la région de Sofia] en lisant leur journal. » (173) Les Américains et leur société D’ailleurs Aleko observe les gens qu’il rencontre soit dans le transatlantique, soit dans les rues et l’Exposition de Chicago. Évidemment la race noire est la plus cu- rieuse et mérite la découverte, c’est celle des pauvres de la capitale et ailleurs: « Les Nègres sont gens de maison, valets, domestiques. Ils cherchent à se rapprocher des Blancs mais ceux-ci les repoussent de leur mieux et pensent qu’ils sont des êtres su- périeurs. Il est fort rare qu’une Blanche épouse un Noir et vice-versa » (215). En même temps le voyageur est surpris par l’élégance des Nègres gantés, coiffés de hauts-de-forme accompagnés dans leurs promenades des Négresses en costumes d’été, toujours à la dernière mode. Charmé par leur beauté le voyageur décrit en dé- tail leurs traits physiques, s’aperçoit des différents types de race qui révèlent le croisement de populations africaines et des îles océaniques. Dans le parc et au théâtre, dans les restaurants et en général, dans l’espace public les gens sont bien habillés. Dans le « Central Park » de New York quelques milliers de personnes écoutent un orchestre dans un kiosque : « Dans cette foule, je ne vis pas un seul homme ou femme mal habillé. La plupart étaient des petits boutiquiers et des ouvriers, mais vêtus avec une propreté si méticuleuse, comme l’on en voit rarement dans notre pays même chez nos plus gros négociants les jours de fêtes » (179). Il en est de même dans le parc de Philadelphie où l’absence de personnes pauvrement vêtues est toujours impressionnante (220). Le voyageur observe leurs visages, il y trouve la satisfaction et décrit au détail l’habillement des hommes et sur- tout des femmes. À leur apparence physique s’ajoute des caractéristiques psycholo- giques : celles de Philadelphie sont ravissantes et remarquables dans leurs robes lé- gères en blanc, tandis que celle de « Central Park » – libres dans leurs manières. En principe Aleko trace la différence entre le monde féminin de l’Europe occidentale, spécialement parisien et celui de l’Amérique : la coquetterie est réservée aux pari- siennes, tandis qu’au-delà de l’océan les femmes sont émancipées et ne cherchent pas à gagner le respect des hommes par leur douceur féminine. À ce niveau d’obser- vations Aleko s’abstient à faire des comparaisons avec sonmilieu balkanique. Celui- ci apparaît dans son discours à plusieurs reprises mais dans un autre contexte, tou- jours américain. Souvent il fait des comparaisons dans le sens américain – bulgare pour rendre ses lecteurs plus proches de la réalité du Nouveau-Monde. Les « petites » mesures américaines ne correspondent pas au« petit » bulgare. Ainsi il compte sur l’imagina- tion de son public de compatriotes dans la formation de l’image du Jardin zoolo- gique de New York, toujours « petit », mais « gigantesque » par rapport au lac du

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=