AGAPES FRANCOPHONES 2013

Raïa ZAÏMOVA Institut d’Études balkaniques, Bulgarie 274 qu’au début de la modernité occidentale (aux XVI e –XVII e siècles) et à l’époque des Lumières dans les relations des voyages on trouve des vers, dont l’auteur n’est pas l’au- teur du texte en prose. Tel est le cas par exemple, du « Voyage » de Nicolas de Nicolay dans le Levant (au XVI e ) où l’« Élégie » de Pierre de Ronsard dédiée à Charles de Valois introduit le lecteur dans l’atmosphère de l’époque ayant pourbut la glorification des originesmythiques et orientales de la France. Au XVIII e siècle Jean-Antoine Guer (1713–1764) insère des extraits du«Zaïre»deVoltaire, d’unpoète anonyme et de Jean- Baptiste de La Noue pour compléter l’image ottomane de ses contemporains et prou- ver l’actualité d’un empire en dégradation qui s’ouvre progressivement vers la civilisa- tion européenne. (Zaïmova 2007, 86, 95–96; 2012, 189–191) Ce n’est que le poète et politicien Alphonse de Lamartine qui pendant les années 1830 réalise son premier voyage dans l’Orient et introduit dans son fameux texte en prose des vers rédigés par lui-même. C’est « la beauté évidente et sensible » qui fascine le voyageur dans la re- création romantique de l’Orient, le berceau de l’humanité. (Lamartine, 119) Quelques décennies plus tard, sans avoir le talent d’un poète, mais poussé par un sentiment in- explicable Aleko avait pris son crayon pour griffonner quelques lignes. La sœur Clé- mence–unePolonaise d’une douceur divine–qui était passagère dans lemême trans- atlantique, coquetait dans son mal de mer, soupirante et souriante : L’orage s’apaise, le soleil brille dans le ciel pur, Des vagues écumantes voici que cesse la danse. C’est toi que nous attendons, Ô divine Clémence, Lève-toi et resplendis comme l’aurore dans la nature… (161) En guise de conclusion : le voyageur heureux Vers la fin duXIX e siècle la société bulgare avait besoin de connaître sa propre image à travers les stéréotypes étrangers. Dans ce sens le récit Jusqu’à Chicago et retour est un bon exemple pour tous ceux qui cherchaient le miroir européen et en général, étranger. Le public de lecteurs bulgares avait une grande chance d’avoir ce livre écrit et vulgarisé à l’époque par une personne remarquable, un intellectuel qui malgré les malchances et les deuils dans sa famille il se nommait « L’heureux ». Cet homme « heureux » allait trouver sa mort à l’âge de 34 ans dans des conditions tragiques. Dans son récit de voyage Aleko emploi à plusieurs reprises lemot « heureux » qui selon le contexte désigne : trouver la bonne route, avoir la bénédiction de Dieu, visi- ter l’Exposition universelle de Chicago ; la vue de New York enluminé le rend heu- reux ; l’apparence et les mines des Américains dans le parc sont celles des gens heu- reux, etc. Tous ceux qui ont visitéNiagara sont heureux et lui-même l’est, après avoir patienté de faire le tour des chutes en fiacre. Son impatience est plutôt une hyper émotion : Mais je sais que lorsque notre fiacre approchait des chutes du Niagara, j’étais en proie à une émotion et une impatience si intenses, que si le ciel avait choisi cet instant pour s’ouvrir et si saint Pierre m’avait appelé pour me faire franchir les portes du Paradis, je lui aurais dit : „Laisse-moi donc avec ton Paradis, je veux voir le Niagara!” Le Niagara, que depuis ma tendre enfance excite mon ima- gination, rêve que jamais je n’eûs cru pouvoir réaliser ! Le Niagara, cet étonnant caprice de la nature qui attire des milliers d’Européens vers le Nouveau-Monde, était devant moi ! Sera-t-il au moins comparable aux mille tableaux que mon imagination délirante en avait brossés ? (184)

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