AGAPES FRANCOPHONES 2013

Mourad ABDELKEBIR Université de Limoges, France 26 un témoignage de compréhension de la particularité de chacun, hors normalisation individuellement ou en groupe. L’altérité implique une relation laïque, accueillante, qui s’associe au métissage des cultures, éloignée de la notion de tolérance. Le que- stionnement sur l’altérité conduit à s’interroger sur ce qui est autre (ater) que nous (ego), sur nos relations avec lui, sur les moyens de le connaître, sur la possibilité d’exister sans lui, s’il constitue une menace pour notre identité. L’altérité implique la compréhension des particularités de chacun, la capacité d’ouverture aux diffé- rentes cultures et à leur métissage. Le mot provient d’un emprunt du mot latin « alteritas »qui signifie différence. Sa définition se heurte incessamment contre celle de l’identité qui s’oppose à lui, signifiant la «mêmete ». L’altérité est un concept phi- losophique qui a été introduit parPaul Ricœur dans cesœuvres «). Ricœur démontre amplement les enjeux de la définition de « soi » pour accéder à une spécification plus exacte, qui est cet « autre que soi ». Il applique les catégories de l’identité (soi) et de mêmeté (tel que soi) pour distinguer l’identité (individuelle) de l’identité (per- manente dans le temps, collective). L’altérité dans l’œuvre Volkswagen Blues, offre une excellente illustration de cette problématique, Jack Waterman part à la recherche de son frère Théo, ce voyage qui va le conduire du Québec en Californie, c’est une occasion pour lui de faire un certain nombre de dé- couvertes, celles d’un territoire, de cultures différentes. La recherche de son frère de- vient point de départ d’une quête identitaire, accompagné de Pitsemine, appelée la Grande sauterelle, une métissée, fille indienne et d’un Blanc. La quête identitaire de la jeunemétissée se fait parallèlement à celle de Jack. C’est un récit de voyage à visée interculturelle, car il s’agit aussi d’un voyage dans un espace géographique et égale- ment d’un voyage historique. L’imaginaire de la frontière Au sens purement géographique, l’altérité de la frontière signifie partage, conquête, violence et génocide. Elle connote l’hostilité. Acette signification s’ajoute, cette fois- ci de point de vue symbolique, ce qui définit la frontière comme un espace de la ren- contre de l’autre qui était un espace absolument inconnu, duquel les premiers explo- rateurs n’avaient même pas la certitude. Tzvetan Todorov montre dans son livre la conquête de l’Amérique (Todorov 1982) où il affirme qu’un sentiment d’altérité ab- solue accompagne la découverte de l’Amérique. Jack Waterman et la Grande Sauterelle veulent savoir, veulent comprendre : Pourquoi Théo a fait ce voyage ? Quel est le message qu’il adressait à son frère en l’incitant à le refaire à son tour ? Le sentiment de l’altérité accompagne la découverte de l’Amérique, cette signification est présente dès le début du roman lorsque Jack Waterman et la Grande Sauterelle observent dans le Musée deux cartes géographi- ques de l’Amérique du Nord ; la première montre l’immense territoire qui apparte- nait en France au milieu du XVIII ème siècle (des régions arctiques au golfe du Me- xique, jusqu’auxmontagnesRocheuses à l’ouest), et la deuxièmemontre l’Amérique duNord avant l’arrivée des Blancs. La confrontation de ces deux espaces d’unmême territoire fera dire à la Grande Sauterelle : « Je suis du côté de ceux qui se sont fait voler leurs terres et leurs façons de vivre » (29) et plus loin : « On est arrivés par l’Ouest et vous êtes arrivés par l’Est. Il y a 7000 kilomètres qui nous séparent ». (29)

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