AGAPES FRANCOPHONES 2013

Eugenia ARJOCA IEREMIA Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie 280 2 Cette liste peut être complétée par les items offerenda et propaganda, devenus en français offrande et propagande, mais ils feront l’objet d’une autre étude. 3 Par exemple : «Mediae noctis tempus est / Prophetica vox admonet/ … Perfecta enim Tri- nitas / Uniusque substantiae / Laudanda nobis semper est. - Minuit est arrivé/Une voix pro- phétique nous rappelle/Qu’en effet, la parfaite Trinité /Celle des trois Personnes participant d’une seule et même essence/ Doit toujours être louée par nous. » (Sanctus Ambrosius, IV e s apr. J.-C., Hymnus ad nocturnum, inNegrescu 2012, 243),(notre trad.). Dans cet exemple, on voit clairement que le mot qui exprime la personne pour laquelle il existe l’obligation de faire quelque chose s’emploie en datif – nobis – et que lemot exprimant l’objet (ou la personne) qui subit l’action semet en nominatif. (Perfecta) Trinitas. Laudanda est, c’est le gérondif du verbe tr. d. laudo, are suivi par le verbe esse à l’indicatif présent, 3 e pers. du singulier. 4 Comme valeur modale, l’obligation (O) fait partie de la catégorie des modalités déontiques à côté de la permission (P), de l’interdiction (I) et de la valeur facultatif (F). Les modalités dé- ontiques sont virtuelles et anticipatives, réfèrent à des actions postérieures au moment de l’énonciation, donc elles sont liées au futur. 5 Le latin tardif ou le bas latin est employé dans les productions écrites, entre les II e –VIII e siècles ; le latin médiéval, entre les IX e –XV e siècles ; le latin humaniste, entre les XV e –XVI e siècles et le néolatin, entre les XVII e –XIX e siècles ( Histoire du latin, web) 6 Il s’agit de textes juridiques, d’ouvrages de grammaire, demédecine, d’architecture, etc. Par l’emploi de la construction gérondivale, on donne des conseils, des ordres, des indications à suivre obligatoirement pour réussir ce que l’on veut faire. Nombreuses sont les constructions qui expriment la prédication générique, si le gérondif a le genre neutre ; par ex. Formosus sine n secunda syllaba scribendum est, ut arenosus, frondosus, aquosus, herbosus… – On doit écrire f ormosus sans n dans la seconde syllabe, comme arenosus, frondosus, etc. [...] (Papi- rianus, IV e ou V e s. De orthographia, in Iliescu & Sluşanschi 1991, 8). L’objectif de notre recherche est le suivant : expliquer comment et pourquoi cer- taines formes verbales appartenant en latin à la conjugaison périphrastique passive ont survécu jusqu’à nos jours, tout en conservant leur valeur déontique « obliga- tion ». Il s’agit plus précisément de la survivance d’un procédé ancien d’expression de cette valeur modale par l’intermédiaire des mots latins addenda, agenda, corri- genda, legenda, memorandum, referendum 2 , tous étant des adjectifs verbaux for- més à partir du thème verbal duprésent et des suffixes –ndum, -nda (correspondant au genre neutre singulier et respectivement, pluriel, cas nominatif et accusatif). Vers la fin du III e s. après J.-C., l’adjectif verbal est associé à l’idée de futur, étant intégré dans la conjugaison périphrastique comme participe futur passif (gérondif) suivi par les formes correspondantes du verbe esse , employé aux modes indicatif, subjonctif ou infinitif 3 . Cette construction exprimant toujours l’idéemodale d’ obliga- tion 4 , joue un rôle prédicatif (Janson 2004, 209–211) et continue d’exister dans le latin tardif et dans le latin médiéval 5 , puisqu’on la retrouve dans les textes à carac- tère prescriptif, normatif ou injonctif 6 . Les sixmots de notre corpus passent en français sous forme d’emprunts, s’adap- tant (à des degrés différents) à son système phonétique, graphique et grammatical. On peut les grouper en trois sous-classes, la première étant formée par lesmotsmo- nosémiques addenda et corrigenda qui ne connaissent aucun changement formel ou sémantique, étant considérés comme de véritables expressions latines figées, élé- ments d’un langage universel propre à l’édition des livres. Memorandum et referen- dum , devenus en français mémorandum et référendum forment la deuxième sous- classe ; ils ont développé une polysémie assez modeste, puisqu’on leur a assigné des significations précises dans le langage juridique, diplomatique ou journalistique. En revanche, les mots agenda et legenda donnent en français les noms agenda et lé-

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