AGAPES FRANCOPHONES 2013
Adina TIHU Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie 308 2 « À l’opposé de la négation syntaxique, signifiant de l’opération énonciative consistant à nier, il faut considérer non seulement les préfixes négatifs, mais plusieurs catégories de mots en relation morphologique ou sémantique avec la négation». (Muller, 1991, 56) la vérité sur cette mère terrible, mais qui représentait pour Rose l’idôle cachée, le « parangone de probité ». Une blasfémie que l’enfant ne supporte pas. Elle plongera ainsi définitivement dans le noir (comme son amie dans le vide), et le petit bouton de rose n’éclosera plus jamais : Rosebelle (joli prénom qu’elle ignorait, sa mère le lui avait caché) est deve- nue Rose « de pierre ». Elle se tait, incapable de réagir, pétrifiée par le désastre qu’elle avait provoqué en toute innocence : tout ce qu’elle avait désiré, et qu’on lui avait constamment refusé, c’était d’être aimée par sa mère... Le voyage en enfer est accompli et plus jamais Rose n’en sortira. Dans ce roman, la négation est un opérateur idéal au service du style pour réaliser un effet maximal de convergence. Syntaxe et sémantique concourent à exprimer cet univers où tout dit non : négation grammaticale : simple, double ou triple, totale et partielle, négation des actants ou des circonstants, négation pro-phrase, dans un re- gistre très soigné ( ne seul, ne explétif) ou, au contraire, très relâché ( pas seul) ; né- gation lexicale : préfixes négatifs, non soudés (non contente, pas croyable) ou sou- dés , s’ajoutant àdesnoms (ingratitude, insubordination, désobéissance), des adjec- tifs (irréaliste, intraitable, impossible, méconnaissable, malheureux) oudes verbes (désobliger, dissuader) ; le champ lexical lui-même : interdit, restriction, tabou, er- reur, tort, infraction, sacrilège, crime de lèse-majesté, qui s’organise en séries sy- nonymiques . C’est un exemple de la manière dont on peut réaliser une convergence maximale au niveau du roman dans son ensemble ; sans emphase poétique, sans ef- fets de rhétorique, mais par le choix du lexique et des moyens grammaticaux. Nous nous proposons d’inventorier et d’analyser une partie de cematériau lingui- stique (la négation lexicale), pour continuer, dans un autre type d’approche, avec l’examen des stratifications de sens et des images de la souffrance qui en résultent. Nous espéronsmontrer ainsi comment, à travers le cumul et la gradation de cesmo- yens, l’auteure arrive à une impressionnante glose de l’affirmation par la négation. Les moyens d’expression de la négation La structure du roman est basée sur plusieurs formes de négation. De ces formes ré- pétitives, redondantes, il résulte une force de l’expression qui fait passer dans le lan- gage les vécus des personnages. Nous n’envisageons pas analyser ici la négation syn- taxique, richement illustrée dans toutes ses formés (évoquées plus haut), nous nous attarderons sur la négation lexicale et ses diverses matérialisations, concourant à la réalisation de cet univers négatif 2 . La négation lexicale : l’antonymie Comme le montrent Riegel, Pellat, Rioul (2011, 697), « La négation s’exprime lexi- calement dans la relation d’antonymie contradictoire, qui repose sur l’opposition de mots de sens contraire ». Ces unités lexicales peuvent ne pas avoir de rapport mor- phologique, comme dans l’exemple suivant : « Je suis blonde et ma mère est brune, je suis moche et ma mère est belle , l’évidence est telle, inutile de ruminer ». (RP, 147) La relation de Rose avec sa mère est antagonique, et cela par la volonté de la
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