AGAPES FRANCOPHONES 2013

Adina TIHU Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie 310 3 Comme lemontreMuller (1991, 16), l’altérité et l’absence sont des « concepts parents » de la négation : « Contrairement à la notion abstraite de négation, l’absence répond à une expé- rience du sujet parlant [...]. L’absence présuppose la conscience d’un objet au-delà de sa per- ception concrète, un peu comme la négation [...] présuppose la conscience d’un énoncé positif sur lequel elle porte ». Cette expérience du sujet parlant nous intéresse particulièrement dans le roman. 4 « La seule possibilité d’évaluer le caractère négatif de tel ou tel terme consiste à utiliser au mieux des relations de paraphrase avec une expression contenant la négation syntaxique (ne) pas » (Muller, 1991, 56). dans d’autres contextes, tels malpropre, malsain , etc.) : « Il ne faut pas croire qu’elle me néglige ou se désintéresse de mon sort, ce serait la mal juger... ». (22) Aux formations préfixales viennent s’ajouter des constructions qui emploient les morphèmes non ou pas , précédant le terme à la manière d’un préfixe non soudé ; c’est quand même un procédé qui se rapproche de la négation grammaticale (Cf. Riegel et al., 2011 : 697). L’adverbe non aparaît utilisé par l’écrivaine dans un lan- gage soigné, celui d’ailleurs qu’utilise Rose, enfant très poli et élève brillante, dont lamanière de s’exprimer éblouit tout le monde : « Non contente de plaider ma cause et deme sauver lamise, elle m’éclaire ». (33) Dans la langue familière, que l’auteure utilise lorsqu’elle reproduit les paroles de Souade, l’adolescente algérienne élevée dans la cité, c’est l’adverbe pas qui est utilisé comme un préfixe non soudé au mot détérminé : « – T’es pas croyable ! […] et toi tumouftes pas, t’attends que ça passe ! » (28) ; « – Pas possible ! s’est-elle exclamée ». (160) Évidemment, il s’agit d’un choix stylistique de la part de l’auteure, qui refuse l’utilisation des mots mécontente, incro- yable ou impossible , beaucoup moins suggestifs ici, parce que plus neutres. D’ailleurs, Anne Bragance joue très bien, dans tout le roman, sur les registres de langue, qu’elle alterne d’unemanière remarquable. Comparons la phrase de Souade, où les ne disparaissent toujours, à une autre de Rose, c’est vrai, en tant que narra- teur, et non pas en tant que participant à un dialogue réel : « [Madame T.] Le som- meil n ’était pas parvenu à l’exempter de ses tracas, il ne l’avait ni absoute ni dé- livrée ». (57) Comme d’autres personnages dans le roman, « on s’extasie sur la cor- rection et l’élégance » (18) de ce langage. Un autre moyen d’exprimer l’idée de négation 3 est l’emploi de la préposition sans (versus avec ), qui apparaît dans la réalisation d’un complément du nom ( sans +GN) : « Tu es une fille sans conscience et sans cœur ». (182) La structure peut être paraphrasée par une relative déterminative ayant le verbe à la formé négative : une fille qui n’a pas de conscience, qui n’a pas de cœur 4 . Ou bien, il peut s’agir, dans le même contexte, d’un circonstanciel de manière : « La prière que je fais là, sans ouvrir la bouche, sans même un murmure […] ». (27) C’est la caractérisation du procès du point de vue qualitatif, dont la paraphrase comporte la négation syn- taxique en ne ... pas : je n’ouvre pas la bouche, je ne murmure pas . La négation valorisée (négation+terme à sémantisme négatif) Il y a quand même quelques situations, rares, où la négation est valorisée. Utilisée avec des verbes ou des adjectifs à sémantisme négatif, elle met en valeur, par un mécanisme dialectique de négation de la négation :

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=