AGAPES FRANCOPHONES 2013

De « Rosebelle » à « Rose de pierre » : un voyage en enfer. La négation au service de la convergence stylistique dans le roman Rose de pierre, d’Anne Bragance 311 5 Non seulement pour Rose. Anne Bragance avait affirmé dans un entretien télévisé demars 2008 sa profession de foi : « Le livre c’est le compagnon qui ne nous trahira jamais ». (http://www.auteurs.tv. ) Ce qu’il y a bien avec les livres, c’est qu’ils ne vous déçoivent jamais . Tout le con- traire des saints […]. Jamais , à ma connaissance, un livre ne s’est défilé devant son lecteur. Il n’en existe aucun qui se refuse à être ouvert, à être lu. (49) C’est, pour Rose 5 , le seul univers rassurant. Ses livres – elle en a 35, offerts par sa tante Lise, douce et sensible, tout le contraire de sa mère – sont ses « gardes de corps », mais aussi ses « gardes de l’esprit » et ses « gardes du coeur ». (49) Avec eux, elle est « une souveraine » et, pour une fois, l’affirmation ouverte, directe, ras- surante apparaît : « Avec eux, je me sens aussi protégée , aussi puissante et invul- nérable que le bon roi Henri IV [...] ». (49) Les deux premiers qualificatifs à séman- tisme positif trouvent leur couronnement dans le troisième, dérivé déadjectival à préfixe négatif, mais dont la base comportait un sème négatif. Aux livres s’ajoutent, en tant que protecteurs, les saints que Rose invoque souvent ; elle s’adresse à eux et non pas à Jésus ou à la Vierge : « Je préfère implorer les saints du calendrier et aussi ceux du paradis, car ils sont innombrables … » (27) Les sphères sémantiques de la négativité Le lexique comporte des séries synonymiques . Une première série s’organise autour du concept d’ interdiction. Elle comprend des noms : défense, interdit, obstacle, restrictions, tabou : « Défense de photographier la neige, défense de photo- graphier son visage » (140) ou des verbes : interdire, défendre, prohiber, refuser : « […] le règlement sanitaire de Madame T. prohibait la sortie au jardin » (138) ; « Madame T. me refuse la plus petite obole ». (26) La mère défend à l’enfant de « fréquenter qui que ce soit » (19), elle ferme sa propre chambre à clé, interdisant à sa fille d’y entrer, ne lui permet plus d’autre programme en dehors des cours à l’école. Tant d’interdictions provoquent le sentiment d’ opression , dont l’image est le cachot, auquel renvoient des termes comme cellule, réclusion, murée, captif : Corsetée de restrictions, ligotée d’interdits, j’ai eu une pensée fraternelle et dé- solée pour les reclus de la Centrale d’Arles. Je pouvais compâtir à leur sort en connaissance de cause car je le partageais : j’étais bel et bien incarcérée à lamai- son avec ma mère pour geôlier. (140) Une autre sphère sémantique est celle de l’erreur. Le texte nous fournit une longue liste de verbes : ignorer, négliger, manquer de, faire défaut, avoir tort, décevoir, désobéir, offenser : « J’ai eu tout faux ». (45) Mais on a surtout la série synony- mique nominale, où l’on peut distinguer des degrés de gravité ; lacune, manque- ment, faute, tort n’impliquent pas forcément la mauvaise intention : « [...] la moindre négligence déchaîne ses foudres [...] » (11), tandis qu’ insulte, offense, in- jure, infraction, péché, crime désignent des fautes de plus en plus réprobables. Le sentiment de culpabilité vient s’associer automatiquement et sans discernement à l’erreur. Culpabilité réeelle (par rapport au règlement imposé) et sanctionnée par la conscience :

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