AGAPES FRANCOPHONES 2013

Adina TIHU Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie 312 En revanche, je m’exerce à la désobéissance. Je viens d’ entamer une collection d’un genre très particulier : la transgression des interdits. Les plus jolis spéci- mens sont, bien sûr, les fautes ou manquements à la règle que je commets en toute impunité [...]. Il faut dire que notre nouveau mode de vie favorise grande- ment mon penchant à l’insubordination. (73) ou culpabilité fausse, dénoncée comme telle, ironiquement, par l’exagération : « Un jour de colère, Madame T. m’a lancé que j’étais une injure au prénom que je porte. […] Ça m’ennuie de penser que je fais offense aux roses par ma seule existence ». (14) Mais il y a pire encore : Je ne comprends pas ce qui m’a pris d’appeler Madame T. maman et de la tuto- yer après tant d’années. Je me suis rendue coupable de sacrilège, j’ai commis le crime de lèse-majesté . Pourtant, je n’avais rien prémédité, lemot tabou [= «ma- man »] est sorti à mon insu , je jure que je ne cherchais pas à offenser ma mère. (23) Le mot « magique », « soyeux et délicieux entre tous : maman » (13) avait été in- terdit àRose dès son age le plus tendre ; son utilisation, comme l’utilisation du terme honteux ayant la même intiale, entraînait le même châtiment : les lèvres frottées à un piment de Cayenne : « Maman ou merde , c’était tout pareil, la bouche en feu, la brûlure, la souffrance ». (13) Le texte abolit le métalinguistique dans sa typographie – les guillemets ou les italiques manquent - et les notions deviennent synonymes, en toute innocence apparente du narrateur-enfant. Si, dans la quasitotalité des cas, les fautes renvoient à Rose, coupable par défini- tion, la mère reconnaît avoir commis une erreur majeure, elle aussi : « Parce qu’un jour j’ai commis l’erreur d’épouser ton père et d’accepter qu’il me fasse un enfant. Maintenant, cette erreur, il me faut l’assumer ». (47) C’est accuser encore une fois l’enfant du simple fait d’être née. Et on peut se l’imaginer en train de prononcer froidement la réplique célèbre : « C’est plus qu’un crime, c’est une faute »... Crime ... et châtiment. Signalons aussi la série lexico-sémantique du concept de punition , comprenant des noms : blâme, châtiment, torture, violence, des adjec- tifs : répréhensible et enfin des verbes : annihiler, brûler, consigner, confisquer, dé- truire, faire violence, terrifier, terroriser : «Mais la poupée-mère [...] sait comment réduire Rose, comment l’ anéantir [...] ». (182). L’expiation suprême, c’est la crucifi- cation : « Chacune de ses phrases contenait un clou qui me crucifiait ». (47) La croix, les stigmates, lamise au tombeau , mots renvoyant au symbolisme chrétien, sont uti- lisés par Rose en bonne connaissance des termes : samère est la directrice de l’établis- sement scolaire catholique où elle étudie et aussi son professeur de religion. La perception du monde à travers le roman Le contexte de la négativité, c’est la relation conflictuelle fondée sur les conflits in- térieurs des personnages. Les structures négatives contiennent toutes les couches de significations que le roman offre, dans son ensemble : la manière négative de la mère à s’adresser, l’image de la fille sur soi-même, l’image que se fait la mère sur la fille et d’elle-même, l’image du père absent. Finalement, la perception dumonde est distorsionnée au négatif. Il y a des tentatives de s’échapper au cercle vicieux qui em- prisonne les êtres dans la négativité. Pour la fille : le sentiment filial inaltéré, les fouilles pour retrouver une trace du père, l’amie Souade, les saints du calendrier, les

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=