AGAPES FRANCOPHONES 2013

Adina TIHU Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie 314 apportés de là, Rose est « prise de vertige, emportée dans un tourbillon joyeux, soyeux ». (120) Dans ce foyer pauvre, elle découvre la gentillesse, la joie, la simpli- cité et la chaleur des relations familiales normales. Née et élevée dans une cité que les autorités avaient décidé de démolir, sans se soucier de ses habitants, Souade y revient pour photographier le bâtiment où elle avait passé son enfance, pour en garder le souvenir.Montée sur le toit avec son amie, elle commet l’erreur de lui crier des vérités trop dures, en n’employant pas « les bons mots » (211) : Tu bouges pas, tu dis rien, ça m’fout les boules une fille comme toi ! Tu t’écrases, tu sais rien que t’écraser ! Tu m’donnes envie de gerber ! Tu crois que j’ai pas compris qu’ta mère t’a encoré saquée, tu crois que j’suis aveugle ?... Allez, lève- toi, viens lui crier que tu l’emmerdes, cette sale conne, elle t’entendra pas mais au moins ça te soulagera ! (190) Pour Rose, déjà anéantie par la décision de la mère de l’envoyer, le lendemainmême, en pension dans une autre ville, afin de la séparer de son amie, c’était trop : elle aimait désespérément sa mère, malgré tout. Et le pire a lieu, dans un instant d’aveuglement (qui nous fait penser à l’aveuglement de Meursault de L’Étranger ) : Rose pousse son ami dans le vide. La «Reine » n’a pas pas ouvert ses ailes, elle ne s’est pas envolée vers l’Algérie, comme elle avait promis de faire, en plaisantant, à Rose. Le destin de Souade est évidemment tragique. Plus encore, elle l’avait en quelque sorte provoqué. Elle avait conseillé à Rose, qui voulait faire quelque chose pour dé- terminer son père à revenir, de commetre un délit grave, pour que les journaux en écrivent, que son père le lise et qu’il revienne... « Ce serait criminel », s’exclame Rose ; « tu me proposes de commettre des crimes » ; « [...] on m’enfermera, on me mettra en prison ». (76) Mise en abyme, car le roman clôt sur un crime réel, dont la victime est Souade, et sur Rose interrogée par un juge... Comme une anticipation de la voix du destin, Souade avait conclu sur la fatalité du geste à venir : « Faut c’qui faut ! » (76) L’image du père absent, dont Rose avait perdu le visage, se recompose de quelques débris, parcimonieusement offerts par tante Lise. Il n’y a plus aucune trace de lui dans la maison, aucune photo, et Rose, qui la cherchait, devient aux yeux de la mère « une voleuse, une pilleuse de secrets, une infâme fouille-merde ». (72) À travers les quelques informations arrachées à sa tante, Rose refait un joli portrait du grand absent : il était beau, officier de marine, il portait un uniforme blanc à galons dorés, et avait « les yeux gris des hommes qui éposent la mer ». (98) L’expressivité des figures de la souffrrance Au niveau du discours, le cumul de négations met en évidence le résultat du res- sentiment, de la répression et de la sanction : le sentiment d’être coupable et la souffrance : À dire vrai, ce n’était pas tout à fait fini. La méthode répressive de Madame T. est à double détente. A la phase active, avec cris, menaces et sévices divers, succède souvent la phase passive et silencieuse : pendant trois ou quatre jours, Madame T. affecte de m’ ignorer, ne m’adresse plus la parole et ne daigne pas m’accorder un regard. En phase II, c’est la mise au tombeau , la maison devient un lieu lugubre où évoluent deux fantômes qui se frôlent sans mot dire . (23)

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