AGAPES FRANCOPHONES 2013

Tache Papahagi : un auteur d’origine aroumaine qui nous appelle à voyager 319 mettent l’accent sur l’importance de la linguistique dialectale appliquée à l’aroumain et sur l’étude du folklore, afin d’avoir une approche plus complète des peuples, de leurs similitudes comme de leurs divergences. Il est avéré que la distinction entre une langue et ses variétés repose sur diffé- rentes conceptions et, également, sur l’état d’esprit dans lequel on se trouve. Si l’on considère le protoroumain (V e –VI e siècles), par exemple, le dacoroumain, l’istrorou- main, le méglénoroumain et l’aroumain (oumacédoroumain) constituent ses varié- tés et, donc, ses dialectes. Parallèlement à ce premier postulat, on peut envisager aussi ces dialectes issus du protoroumain, en fonction de la conscience que ses locu- teurs ont d’appartenir à des subdivisions de populations apparentées qui, au cours des siècles et des contacts, de durée oude nature différente, ont contribué à façonner une identité proche mais, néanmoins, spécifique, et partiellement différenciée au XXI e siècle : dans ce cadre, on peut établir un parallèle avec les langues régionales. Hormis cela, il est clair qu’il existe encore des subdivisions dialectales et des rap- prochements entre sous-dialectes, mais il ne m’est pas possible de développer da- vantage ce point, dans le cadre de cet exposé, car mon objectif est de me concentrer, en premier lieu, sur l’aroumain. Ce qui est certain, c’est que Tache Papahagi a mis au service de son peuple ses connaissances innées de sa langue maternelle, afin de contribuer à mieux connaître celle-ci, qui constitue une richesse, autant pour les Aroumains que pour tous les Roumains et, dans une vision plus large, pour l’ensemble de la communauté lin- guistique. Tache Papahagi insistait sur la nécessité de prendre en compte la vie rurale, en s’appuyant, notamment, sur le fait que les connaissances et la littérature se trans- mettent, par la voie orale et par la voie écrite, sans qu’aucune de ces voies ne revête un intérêt moindre. C’est la raison pour laquelle Papahagi a passé une bonne partie de sa vie à effectuer des recherches sur le terrain, afin de découvrir par lui-même toutes ces richesses qui sont regroupées aussi dans sa collection ethnographique ori- ginale de 25 000 photos et les 3 volumes publiés Images d’ethnographie roumaine (1928, 30, 31). Cet attrait pour la transmission orale est visible chez bon nombre d’auteurs et lettrés (V. Alecsandri, I. H. R ă dulescu, M. Eminescu) qui se sont attachés à retrans- mettre les variantes de certaines ballades et mythes de l’espace culturel roumain (on peut citer, notamment, Miori ţ a, Traian ş i Dochia, Zbur ă torul et Me ş terul Manole). D’autres, tels que I. Creang ă ont insisté sur la langue familière de l’enfance, en par- ticulier, dans Amintiri din copilărie , et ont aussi contribué àmaintenir cette richesse du folklore et du patrimoine roumain. Néanmoins, la spécificité de Tache Papahagi est bien d’avoir inclus le dialecte aroumain dans ses études, à côté des autres dia- lectes roumains et des différents parlers des langues des divers continents. L’un des meilleurs exemples de cela est sans doute le Mic dicţionar folkloric qu’il a réalisé et qui permet de faire des incursions et d’établir des comparaisons entre toutes les aires linguistiques et culturelles. Néanmoins, celui-ci ne présente pas un corpus suffisant pour une étude large de l’aroumain. Cet ouvrage présente les données autour d’un certain nombre de thèmes-idées (101 au total) qu’il a sélectionnés, en donnant pour chaque article le terme roumain, suivi de son synonyme français et allemand. Cette triple mentionmontre le souci de précision et le plurilinguisme de son auteur, qui n’hésite pas à indiquer bon nombre de citations en langues originales tout au long du dictionnaire. Je précise que, dans

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