AGAPES FRANCOPHONES 2013

Tache Papahagi : un auteur d’origine aroumaine qui nous appelle à voyager 323 pour les verbes et les substantifs, issus du latin, ce qui tend à prouver l’existence d’une loi phonétique à ce niveau : aroum. adúţ 0 (II, v. 9, 14), dacoroum. aduci , Une autre alternance assez fréquente est lat. - e -, aroum. - i -, dacoroum. -e- : límpidă (I, v. 1), si (I, v. 2, 6, 14), di (I, v. 6, 12, 13, 14 ; II, v. 4, 5, 21), diparte (I, V. 8), criştínă (I, v. 10). On peut souligner aussi d’autres tendances de l’aroumainpar rapport audacorou- main : lat. paganus , - ni , aroum. pîngi’ń 0 [dédoublement par anticipation de la nasale] (I, v. 10), dacoroum. păgâni (alternance vocalique avec nasalisation devant la gutturale). La préposition aroum. pî’nă – en dacoroumain, pînă – tend à suivre également ce schéma. Certainsmots restent inchangés ou se différencient par la seule présence, à l’écrit, de la voyelle accentuée en aroumain : aroum. múnte (I, v. 2, II, v. 9), dacoroum. munte ; aroum. et dacoroum. vale ; aroum. cále , (I, v. 4), cálea (I, v. 8) ; dacoroum. cale, calea ; aroum. mínte (I, v. 6), dacoroum. minte ; aroum. párte (I, v. 7), daco- roum. parte, aroum. frúnte (II, v. 10), dacoroum. frunte ; aroum. ám (II, v. 13), dacoroum. am . On assiste plus fréquemment à l’élision de voyelles finales en aroumain qu’en da- coroumain : aroum. s’ (II, v. 2, 4, 8, 9, 12, 13, 14, 15, 18), dacoroum. să ; aroum. ş’ (II, v. 5, 9, 11, 22), dacoroum. şi . On remarque également la chute de voyelles interconsonantiques en aroumain : nimărtáte (II, v. 6) [avec alternance aroum. - e - dacoroum. - i -], en dacoroumain nemăritate ; aroum. nveáste (II, v. 4) [avec diphtongaison dans la syllabe suivante], dacoroum. neveste . La présence en aroum. de Dumnidză (II, v. 2), et en dacoroum. de Dumnezeu est intéressante à examiner : ces deux mots, issus à nouveau du latin (Domine Deus), montrent la contraction en un seul mot et l’évolution vocalique lat. - o -, aroum. da- coroum. - u -, la chute de la voyelle entre les deux nasales, le passage du lat. d -, à l’aroum. et à l’ancien dacoroum. dz -, puis dacoroum. moderne - z , la simplification du lat. - e , en - ă , en aroum., par modification articulatoire, tandis que le dacoroum. refait - ău en - eu . On peut observer aussi la forme aroum. si’ndze , du lat. sanguis , qui correspond à unpassage dans l’évolution phonétique du groupe consonantique latin -gu- vers le -g- du dacoroumain (sînge). Un autre phénomène intéressant à préciser est le passage du latin j + u à g 0 o [dj’o] en aroumain : lat. juvenis , aroum. g 0 onil’i (II, v. 8, 17, 18). Le dacoroumain a conservé le terme june "jeune" ; néanmoins, d’aprèsmes recherches, il l’utilise plutôt aujourd’hui dans un sens dépréciatif "un jeune, n’importe quel jeune", et le remplace plus facilement par mîndrul , flăcăii , ainsi que nous le montre la variante dacorou- maine du fragment II. Une évolution un peu similaire est le passage du latin nubes, nubis (< nubilum) à l’aroumain niór 0 (pallatalisation), en dacoroumain, nori , la forme niori , très proche de l’aroumaine, étant dialectale. Le mot aroum. fóclu (II, v. 16) du lat. foc (attention, en lat. focus "feu" et foculus "petit foyer") présente un passage de la nasale en avant-dernière position derrière l’explosive - c -, phénomène favorisé par l’accentuation de la voyelle - ó - située dans la première syllabe. En dacoroumain, la forme littéraire est focul . La forme aroumaine hicát (II, v. 22) est spécifique puisqu’elle illustre à la fois une évolution phonétique et une possibilité d’élargissement sémantique. On assiste une fois encore au passage du lat. f- (+ -e-, -i-) à l’aroum. - h (+ -i-) et au dacoroum. f-

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