AGAPES FRANCOPHONES 2013
Estelle VARIOT Université d’Aix-Marseille, France 324 (+ -i-) : lat. ficatum > aroum. hicát et dacoroum. ficat . La variante dacoroumaine moderne enregistrée par Tache Papahagi utilise la forme plămîn qui renvoie pour certains de ses sens à ficat (cf. Pop, s. v., carte 68 et 69 (ficat). Dans la carte (68), on observe l’emploi de ficat (ou ficati albi ) aussi pour pl ă mân). S’agissant du mot aroum. geadé (II, v. 14), on peut faire un rapprochement avec le turc djaddé. La variante dacoroumaine utilise le mot şosea , qui provient du français. Des remarques morphologiques peuvent être également faites. Ainsi, l’article indéfini féminin singulier est ună, ou ‘na (I, v. 1, 7) en aroumain et o en dacoroumain. L’origine latine (una) témoigne du fait que l’aroumain est plus proche de la langue source. Les formes adjectives et substantives aroumaines lá 0 le (II, v. 5), dacoroum. bietele ; múnţíl’ 0 [II, v. 11] (avec présence en aroum.de -l’i), dacoroum. munţii ; flurí § le (II, v. 10), dacoroum. galbenii témoignent de la caractéristique roumaine à utiliser l’article défini enclitique, hérité du déictique latin (ille). Ainsi, une spécificité de l’aroumain est représentée par la forme Túrţi [influence du grec, voir supra aussi] (I, v. 7, 9) au vocatif pluriel, strictement identique au no- minatif et à l’accusatif, tandis que le dacoroumain utilise la forme turcilor (alter- nance consonantique, suivie de l’article enclitique -lor, commun au génitif et datif pluriel). Même remarque un peu plus loin pour cîn 0 (I, v. 9) : lat. canis, canem , aroum. cîń 0 , la forme dacoroumaine enregistrée est cînilor (formemoderne cîinilor). Les substantifs se comportent demanière similaire en aroumain et en dacoroumain, puisqu’il existe les articles définis et indéfinis, respectivement enclitiques et anté- posés et qu’en présence d’un adjectif c’est le premier élément qui prend la marque de l’article (défini). Pour ce qui est de la deuxième personne du singulier du pronom, on remarque l’utilisation en aroumain de tu (II, v. 7, 9, 10, 17), en valeur accusative et possessive, et de tine (II, v. 12), en valeur nominative ; en dacoroum. la forme présente est te , (II, v. 7, 12), en valeur accusative, î ţ i (II, v. 10, 17), en valeur dative. À noter aussi aroum. lá 0 a-ń 0 (II, v. 20) et dacoroum. biata-mi . L’aroumain emploie cari (II, v. 1) (génitif singulier et forme pluriel), tandis que le dacoroumain moderne utilise l’article démonstratif au génitif celui . On soulignera également l’emploi de cára (II, v. 9), avec le sens de dacă (cf. T. Papahagi, Dictionarul dialectului aromân, general şi etimologic, p. 314–316). Le verbe présente aussi des intérêts pour cette analyse. On peut souligner l’exis- tence du a proclitique en aroumain : aroum. s’l’i-astingă (II, v. 2), dacoroum. să-i stingă (< lat. extinguere ), aroum. alásă (II, v. 6, 19), dacoroum. lasă. (étymon pour ce dernier), lat. rapidum , aroum. si-aleápidă au passé simple (I, v. 2), dacoroum. [(a) (se) repezi ] : 3 e personne : se repezi . Le conditionnel est spécifique dans les deux dialectes roumains : la forme aroumaine si-u árdă (II, v. 16) dispose de la conjonction si , avec altération de la voyelle par la voyelle initiale - u , [du lat. volet exprimant l’intentionnalité à la pre- mière personne], suivis du verbe árdă ; en dacoroum. arde-o-ar (forme inversée à valeur poétique). Il est à noter que cette voyelle finale -u se retrouve à la première personne des première, troisième et quatrième conjugaisons en aroumain, au présent et au futur : par exemple, ńi-armáş ß (II, v. 21) ; ńi-ascúch 0 ß (II, v. 22).
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=