AGAPES FRANCOPHONES 2013

Tache Papahagi : un auteur d’origine aroumaine qui nous appelle à voyager 325 Le subjonctif présente aussi certaines ressemblances en aroumain et en dacorou- main : en aroum., à nouveau, la conjonction si , suivie du pronom (datif éthique) et du verbe conjugué à la personne correspondante : aroum. ţe si-ń 0 fac (II, v. 20), en dacoroum. ce să fac ; aroum. ca si-áibă (II, v. 11), dacoroum. ca să aibă . Du point de vue sémantique , certainsmots de l’aroumain sont plus proches du mot originel latin : límpidă (I, v. 1), înfărmăcátă (I, v. 14), ce qui tend àmontrer que l’aroumain serait plus conservateur que le dacoroumain. Le verbe şcretuíră (aroum.) [II, v. 3] ne dispose pas d’équivalent direct en daco- roumain, dans le fragment enregistré par Tache Papahagi. Je réserverai ma position sur une possible correspondance, à ce stade de mes recherches. Il en va de même du terme ilichíe (II, v. 17), présent en aroumain et en dacoroumain, même si la dernière variante préfère utiliser une périphrase plutôt que de reprendre le mot d’origine grecque ηλιχια . Je ferai les mêmes réserves pour nchisésc (II, v. 18), dans l’attente de recherches plus approfondies. Du point de vue sémantique, également, on peut noter l’utilisation de Vlăhíe (II, v. 16) qui représente autant en aroumain qu’en dacoroumain la terre originelle des Vlachs (ouValaques), unmot qui est, par ailleurs, à l’origine de l’appellation de l’une des trois provinces historiques roumaines (Pays des Vlachs). Du point de vue lexical et étymologique, on note la présence de termes, en pro- venance de peuples avec lesquels l’aroumain a été également en contact dans son histoire (Grecs, Latins, Turcs, Slaves etc.). Nous pouvons citer : aroum. xeána, xeáne (du grec xenos ) [II, v. 1, 8], en dacoroumain streinătatea, străinătate (la présence du -a final morphologique pour l’article défini féminin singulier, commune au da- coroumain, témoigne néanmoins de l’impact du latin sur la structuration de la langue) ; aroum. cáma [II, v. 5] (du latin quam magis ), en dacoroumain cam (en ancien roumain, camai ) est présent mais on lui préfère mai (du latin magis ) ; aroum. chiragí (du turc kiraci ) [II, v. 7], en dacoroumain (cf. DEX s. v.) chiragiule (ancien roumain). On assiste, donc, dans certains cas, à une conservation dans l’un des deux dialectes roumains d’un mot issu du grec, sans doute du fait des contacts plus proches avec l’aroumain. L’existence de mots d’origine turque témoigne de contaminations prolongées, mais il reste avéré que la structuration, malgré des spé- cificités phonétiques est particulièrement influencée par le latin. Le terme aroumain hoára (du Gr. Xωpα ) [II, v. 3) est important à relever, d’autant plus que le daco- roumain lui préfère sat (du latin fossatum ). Pour ce qui est du fonds, Tache Papahagi nous propose, dans le premier frag- ment, une petite ballade culturelle qui traverse les époques. Celle-ci inclut différents personnages, une jeune fille innocente qui descend de la montagne à la vallée et qui rencontre, durant son périple, deux Turcs, symbolisant les forces extérieures "païennes". Elle essaie vainement de leur résister mais leur contact s’avère néfaste, l’aroumain utilisant le terme înfărmăcátă quand le dacoroumain utilise le terme otrăvi « corrompre, pervertir ; voire empoisonner ». Ceci n’est pas sans rappeler le mythe de l’ethnogenèse du peuple roumain, dans lequel Dochia, fuyant Trajan dans les montagnes, sous les traits d’une bergère accompagnée de sa suite (devenu son troupeau), a imploré Zalmoxis de l’aider à échapper à ses poursuivants. Celui-ci la transforma en rocher, tout comme sa suite (les fameux Babele). On peut également faire une distinction avec les coutumes villageoises et de certaines contrées con- sistant à doter les jeunes filles d’un couteau, afin de leur permettre de se défendre

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=