AGAPES FRANCOPHONES 2013

Repères pour l’étude de l’autotraduction en France au Moyen Âge 335 5 «Gersonwas tirelessly involved in teaching theology to his students inLatin and conveying Christian doctrine to parish priest and the laity in French ». 6 « At times it was important for Gerson that both texts said almost exactly the same thing, but with some small differences. » (McGuire 2004, 123) Idée qui est reprise un peu plus loin: «Gerson has not found it necessary to give an exact translation, but the two texts are still close. » ( Ibid ., 124) En tant que traducteur il a le mérite d’avoir mis en français non seulement les livres Éthique en 1370, Politique et Économiques en 1371, et Du Ciel et du monde en 1377 du philosophe grec, mais aussi certains de ses textes en vue de les rendre accessibles à un public qui savait « moins bien le latin, en France, au Moyen Âge, qu’on ne le croit généralement» (Monfrin 1964, 18). Dans le Livre des divinacions, qui prend sa source dans une rédaction antérieure en latin, Tractatus contra judiciarios astro- nomos, il écrit : « […] ay je compose ce livret en françois, afin que les gens lays le puissent entendre […], et autre foys ay je escript en latin de ceste manière » (cité par Santoyo 2012, 69). De même, son Traictie de la premiere invention des monnoies et des causes et manieres d’icelles, ouvrage théorique sur les questions financières et monétaires, a comme équivalent latin Tractatus de origine, natura, jure etmuta- tionibus monetarum. Cette double rédaction s’expliquerait par la réception de son œuvre par des pub- lics distincts. La version latine était-elle comprise par lesmêmes lecteurs que la ver- sion française ? Il faut y répondre par la négative. NicoleOresme s’est exprimé tantôt en latin, tantôt en français, selon les sujets, les genres littéraires choisis ou les ré- cepteurs, et dans un contexte bilingue semblable à celui de l’antiquité romaine. Il en fait la description que voici : « Le grec était en regard du latin comme est maintenant le latin en regard du français chez nous. Et les étudiants étaient en ce temps initiés en grec aux études, à Rome et ailleurs, les sciences étaient alors communément en- seignées en grec tandis que le langage commun et maternel c’était le latin » (cité par Balibar 1998, 31). Pour contribuer au transfert des connaissances, il s’est retrouvé dans la situation contraignante demanquer de ressources. C’est pourquoi il a dû faire preuve de créa- tivité et forger desmots nouveaux ( traité , communication , langage communmater- nel , etc.) qui ont favorisé et la formation et l’enrichissement de la langue française. Celle-ci s’est retrouvée ainsi munie d’un registre savant censé la mettre sur pied d’égalité avec le latin. Jean Gerson (1363–1429) apporte sa contribution au fond doctrinal catholique par trois traités catéchétiques rédigés en latin et en français: De praeceptis decalogi [Le livre des dix commandements] , De confessione [L’examen de conscience] et De arte moriendi [La science de bien mourir] qui composent l’ Opus tripertitum . L’activité oratoire bilingue duprédicateur parisien s’expliquerait, selon lemédiéviste danois Brian Patrick McGuire, par son habileté à manier les deux langues en fonc- tion de sonpublic : «Gerson a été inlassablement préoccupé d’enseigner la théologie à ses étudiants en latin et de transmettre la doctrine chrétienne aux curés et laïcs en français » 5 (nous traduisons) (2004, 122). En s’appuyant sur l’édition deGilbert Ouy, Gerson bilingue (1998) il compare les volets de ce triptyque pour prouver qu’ils sont quasiment équivalents 6 malgré quelques différences (omissions, contractions, glisse- ments de sens). Or, cette dissemblance attesterait justement l’antériorité de la ver- sion française par rapport à celle en latin : « On peut supposer que Gerson a d’abord

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