AGAPES FRANCOPHONES 2013

Ileana Neli EIBEN Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie 336 7 « It might be assumed that Gerson first composed them in French and then translated them into Latin ». 8 « These bilingual texts give us an opportunity to see how a late medieval theologian oper- ated in the two languages, in translating ideas from one to the other, and how he considered his audiences in terms of what he conveyed in one language but not in the other » (McGuire 2004, 122). 9 « Audivit humanitas vestra, illustres domini, quedam excerpta per me a cronicis Sancti Dyonisii de gestis in armis felicibus Francorum progenitorum vestrorum », c’est un extrait de la lettre 5 cité par Nicole Grevy Pons dans son étude Jean de Montreuil et Guillebert de Mets (1980, 569). L’écrivain y fait référence aux œuvres dont il s’est inspiré pour écrire son traité, mais si, à l’instar de Florence Bouchet (2009, 204), on considère ce type de texte comme « un écrit second procédant d’un ou de plusieurs écrits antérieurs et dont le genre n’est nullement spécifié» (Idem), onpourrait inclure la version latine parmi les sources dont découle la version française. composé ses traités en français et ensuite il les a traduits en latin » 7 (nous tradui- sons) ( Ibid. 123). De même l’activité oratoire de Gerson nous permettrait de jeter un court regard sur la façon de manier et faire interagir deux idiomes dans le transfert 8 de connaissances théologiques au Moyen Âge. 4. Propagande de guerre, historiographie et autotraduction en France auXV e siècle : JeandeMontreuil, JeanChartier etMichel de Boteauville Au XV e siècle, sur le fond des conflits franco-anglais, on voit fleurir en France toute une série de textes allant de la propagande de guerre jusqu’à la description en vers des horreurs qui en découlent, en passant par l’enregistrement des événements dans les chroniques royales. Jean de Montreuil, Jean Chartier et Michel de Boteauville sont quelques noms qui retiendront notre attention dans ce qui suit. La propagande de guerre « en étroite relation avec l’émergence de ce qu’on a pu appeler la sanctification dupatriotisme (‘sanctifiedpatriotism’) » (Contamine 1993, 25) était pratiquée en général par les belligérants, or on voyait s’y consacrer aussi « des personnalités qui n’étaient pas spécifiquement en charge de cette tâche mais qui, de leur seule initiative, entendaient répondre à une attente implicite des auto- rités en question et peut-être aussi du public auquel elles souhaitaient s’adresser » ( Ibid. 7). Dans cette perspective se situe l’activité littéraire de Jean de Montreuil (1354–1418) qui a contribué « à définir et àmettre enœuvre la politique de la France en une période particulièrement troublée » (Grevy Pons et Ornato 1976, 86). Pour montrer la vaillance des Français et défendre les intérêts de la monarchie, il a signé deux traités (À toute la Chevalerie et Traité contre les Anglais) qui, à un moment donné du processus créatif, formaient un tout indivis (Grevy Pons et Ornato 1976, 92), mais ultérieurement, pour différentes raisons, la seconde partie s’en est déta- chée, devenant autonome. À toute la Chevalerie, qui se proposait d’inciter la noblesse de France à chasser les Anglais hors du royaume, est une mise en français d’un texte antérieur, en latin Regali ex progenie , dont l’auteur revendique la paternité dans plusieurs de ses lettres 9 . Suivant des données extraites de la biographie de l’écrivain, Nicole Grevy- Pons précise : « À la fin de 1408 au plus tôt, il achève le Regali ex progenie . Les ver- sions françaises sont postérieures, mais nous ne savons de combien ; en tout cas, elles ont été rédigées avant la mort d’Henri IV d’Angleterre, c’est-à-dire avant mars 1413, sans doute même avant décembre 1412 car Montreuil partit en ambassade à Rome de décembre 1412 à juin 1413 » (1980, 576). En 1413 il découvre dans un ma-

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