AGAPES FRANCOPHONES 2013
Repères pour l’étude de l’autotraduction en France au Moyen Âge 337 10 C’est sur la formulation « De terra vero Salica nulla portio hereditatis mulieri veniat, sed ad virilem sexum tota terre herditats perveniat. » que Jean de Montreuil s’appuie dans son argumentation, mais il lui donne une nouvelle forme «Laquelle loy, entre plusieurs autres choses qui font tres grandement a nostre propos, dit ainsy et conclut en ceste propre forme : Mulier vero nullam in regno habeat protionem » (cité par Grevy-Pons Nicole et Ezio Ornato 1976, 87). 11 SelonAndré Vernet cette double écriture se retrouve aussi dans les lettres de Jean deMon- treuil : « Notons enfin qu’une même lettre de Jean de Montreuil est conservée en latin et en français » (1989, 228). 12 Selon Charles Samaran « la phrase "Et l’eau redondoit dedans la ville " paraît bien être la traduction de la tournure latine : "quedam amnis usque castelletum ville redundans" » (1978, 294). nuscrit de Saint-Denis une formulation de la loi salique 10 qui l’incite à rédiger son Traité contre les Anglais . Cela explique l’absence, après cette date, d’autres versions du traité À toute la Chevalerie , en étroite relation avec la situation politique du mo- ment accablée par l’offensive anglaise : Face à ce nouveau contexte, Montreuil n’avait plus à promouvoir la reprise de la guerre auprès d’une chevalerie peu incline à se battre, puisque cette dernière était désormais en position d’assiégée. Par contre il fallait démontrer aux yeux de tous les Français l’absurdité des prétentions anglaises telles qu’elles s’expri- maient dans les négociations menées avant Azincourt et leur prouver l’injustice de la cause adverse de la guerre » (Grevy-Pons 1980, 577). Il mettra environ deux ans à écrire son texte en français : on connaît une version la- tine de son traité, qui en constitue une traduction, datant de 1415. L’écriture bi- lingue 11 des deuxouvrages deMontreuil s’avère, pour Florence Bouchet, particulière- ment intéressante car susceptible de « constituer un pont avec la veine vernaculaire des "traictiés"» (2009, 203) qui commençait à se manifester à la fin duMoyen Âge. Reliée à la même période, la contribution de Jean Chartier (cca. 1385/1390–1464) à l’historiographie française est mise en une lumière nouvelle par les investigations de Charles Samaran, qui lui attribue non seulement les chroniques de Charles VII, mais aussi une chronique latine. L’érudit français, juxtaposant les deux versions, prouve par une fine analyse que le texte en latin aurait servi de canevas à celui en français. Il apporte plusieurs arguments dont nous retenons : la richesse informa- tionnelle de la chronique française expliquée par la tendance des analystes de se compléter plutôt que de se résumer, la présence de deux titres différents « reli- gieux », puis « religieux et chantre » (fonctions remplies par Jean Chartier à deux moments distincts de son activité au service de la couronne : en 1437, date de sa nomination comme historiographe, et après 1445, date où il fut pourvu de l’office de chantre), l’absence de la dédicace au dauphin Louis et à la reine Marie d’Anjou qui se retrouve à la tête des vingt chapitres publiés par Vallet de Viriville (en 1858), re- présentant « le premier jet du chroniqueur » (Samaran 1978, 292). Plus encore, dans sa tentative d’identifier dans quelle langue Jean Chartier avait écrit sa chronique, il compare des phrases 12 qui témoignent d’une traduction littérale et prouvent qu’il avait sous les yeux le texte latin alors qu’il rédigeait celui en français. Mais, comme il s’agit d’une traduction auctoriale et implicitement d’une rédaction au second degré, il y a également des dissemblances car l’auteur « a élagué de ci, ajouté de là, ou retiré d’un endroit pour lesmettre ailleurs certains renseignements » ( Ibid. 289). C’était aussi pour lui une bonne opportunité pour apporter à son premier travail des modifications importantes, soit qu’il supprime des chapitres devenus inutiles […],
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