AGAPES FRANCOPHONES 2013
Ileana Neli EIBEN Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie 338 13 Dans une optique un peu plus large « il y a propagande chaque fois qu’il y a message fort à destination sinon d’un individu du moins d’un public » (Contamine 1994, 12). soit qu’il en écourte ou en développe d’autres, soit enfin qu’il introduise ça et là des incidentes (Samaran 1978, 296). Ce sont des indices qui soulignent qu’il a choisi dans un premier temps le latin, langue traditionnellement utilisée pour narrer les hauts faits du roi, pour adopter par la suite le français et continuer la narration seulement en français. Michel de Boteauville (cca. 1435–1500), précédant par son traité demétrique Art de metrifier françois les travaux des poètes de la Pléiade, en particulier Jean-An- toine deBaïf, a dépeint dans une perspective propagandiste 13 d’une part lesmalheurs (famine, maladies, ruine des paysans, insécurité à cause des bandes de brigands, villes assiégées, villages pillés) découlant des conflits entre la France et l’Angleterre et d’autre part le bonheur des gens ayant goûté à la paix. Il prend le parti des paysans et s’insurge contre les atrocités qu’ils ont dû subir à cause des gestes des guerriers et des princes indignes. Son poème Les Misères de la guerre qui se greffe sur un texte antérieur en latin De miseriis guerre Anglorum et utilitatibus pacis eorum il- lustre sa tentative d’appliquer au français les règles de la poésie antique. Le texte en français daté de 1500 environ suit de vingt ans celui en latin achevé vers 1477, de sorte que le récit événementiel est enrichi de références historiques nouvelles et de noms propres absents de la version source. Michel de Boteauville a le mérite d’avoir annoncé par sa réflexion théorique et sa création littéraire les vues en matière d’art poétique qui ont pris de l’essor aux siècles suivants grâce à Jacques de la Taille, Etienne Jodelle, Etienne Pasquier, Agrippa d’Aubigné, etc. Conclusion De nombreux écrivains médiévaux, voulant transmettre des connaissances scienti- fiques, des messages religieux ou de propagande à un public différencié (maîtrisant ou ignorant le latin) ont dû opter pour une double rédaction : en latin et en français. Face aux défis d’une langue encore pauvre par rapport au latin, une langue littéraire pleinement constituée, ils ont dû faire preuve de créativité et suppléer aux lacunes du nouvel idiome en train de se former. Pour eux il s’agissait « non seulement de traduire, mais de créer jusqu’à un certain point la langue cible dans laquelle ils de- vaient incruster l’œuvre latine (Lusignan cité par Delisle 1993, 218). Si en latin, par exemple, ils disposaient de concepts pour exprimer leurs idées, en français ils se retrouvaient démunis de telles ressources lexicales. Alors ils ont forgé desmots nou- veaux et on doit à Nicole Oresme les termes : traité , communication , langage com- mun maternel , etc. Pareil pour la syntaxe et la versification : ce qui était simple en latin et s’exprimait par des mètres bien rythmés faisait défaut en français. Le traité Art demetrifier françois deMichel de Boteauville annonce, par ses remarques théo- riques, les contributions à l’art poétique française de Jacques de la Taille, Etienne Jodelle, Etienne Pasquier, Agrippa d’Aubigné. C’est ainsi que les auteurs-traducteurs ont apporté leur pierre à la formation du français qui ultérieurement s’est développée davantage sous l’influence de laRenais- sance italienne. L’enrichissement duvocabulaire atteindra son apogée dans les livres de Rabelais alors que l’orthographe et la grammaire seront normalisées par des pu- blications remarquables : le Dictionnaire françois-latin de Robert Estienne (1539) et la Grammere françoeze de Louis Meigret (1550).
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