AGAPES FRANCOPHONES 2013
Les éléments lexicaux français dans Pnin de V. Nabokov et leur voyage de l’anglais au français 343 Sur les éléments lexicaux étrangers dans une langue cible Cet article traite d’abord de la version originale du roman Pnin (1957) appartenant à la série des romans de V. Nabokov écrits en anglais. On peut dire que c’est un auteur russe mais aussi américain puisqu’il est parti de la Russie pour étudier les lit- tératures russe et française à Cambridge, il a ensuite été résident berlinois et pari- sien, a vécu en Amérique et s’est enfin installé en Suisse. Il a donc eu une éducation trilingue — russe, anglaise, française. « Ce trilinguisme de l’enfance sera détermi- nant pour son œuvre d’écrivain », constate M. Chrestien dans la préface de sa tra- duction de Pnin en français (Nabokov 1962, 7). Ainsi, grâce à son excellente connais- sance de la langue et de la littérature françaises, Nabokov se sert habilement du le- xique français pour faire entrer le lecteur anglais dans la culture française et pour lui présenter la beauté et la richesse du français aussi bien que l’esprit de la France. Il utilisemagistralement des éléments lexicaux qui transmettent clairement un coloris local de la culture dont ils proviennent. Cette façon d’écrire pourrait être expliquée dans le cadre de la linguistique des contacts de langues et de la théorie de la traduction puisque nous y rencontrons deux langues en contact : l’anglais en tant que langue cible (Dubois et al. 1994, 85) ou langue d’accueil (Charaudeau 1992, 82–84) et le français comme langue source ou langue de départ (Dubois et al. 1994, 85, 438). Le bilinguisme représente la position centrale et en même temps le point de dé- part dans les recherches des contacts de langues, explique R. Filipovi ć ; il souligne que les initiateurs et les fondateurs les plus importants de la théorie des langues en contact, U. Weinreich et E. Haugen, considèrent qu’un locuteur individuel, un bi- lingue lui-même, désigne le lieu de contact de langues, le lieu où se réalisent des in- teractions linguistiques et des interférences entre deux langues ; au lieu du terme le mélange de langues , les deux linguistes mentionnés utilisent l’emprunt , le contact de langues (ou les langues en contact ) et l’interférence (Filipovi ć 1986, 33–35, 47). La question de langues en contact — le français étant la langue source et l’anglais étant la langue cible — est élaborée dans l’ouvrage de B. Č ubrovi ć (2005) ; plus pré- cisément, le sujet traité est la structure phonologique d’emprunts plus récents du français en anglais ainsi que le mécanisme de leur adaptation phonétique. La traduction, qui pour G. Mounin représente un contact de langues et un fait de bilinguisme (Mounin 1963, 4–7), nous offre diverses techniques pour la transmis- sion, dans une langue cible, d’éléments culturels qui sont caractéristiques d’une langue source : l’insertion des termes étrangers, la transcription, la translittération, l’adaptation des mots étrangers, la substitution d’une appellation inconnue par une appellation étrangère connue, la traduction littérale ou le calque, la description, la neutralisation des éléments de la culture étrangère, l’omission, la création d’une nouvelle appellation ou le néologisme, l’emploi de termes analogues (Hlebec 1989, 129–135 ; Ivir 1985, 62–65 ; Sibinovi ć 1990, 107–110 ; Levi 1982, 108–119).
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=