AGAPES FRANCOPHONES 2013

Les éléments lexicaux français dans Pnin de V. Nabokov et leur voyage de l’anglais au français 345 L’application du procédé d’insertion des termes étrangers révèle les intentions ex- pressives d’un texte et ses caractéristiques stylistiques qui témoignent des influences vécues par l’auteur (Hlebec 1989, 39–41, 51, 57–58 ; Dubois 1994, 299–300 ; Giro 1975, 9–13). Chez Nabokov dans Pnin , c’est l’influence de la langue, de la littérature et de la culture françaises qui est ainsi en jeu. En choisissant des lexèmes français pour son texte, l’énonciateur Nabokov envoie un message à son public/au destina- taire. Son message remplit certaines fonctions de communication ou des fonctions textuelles : a) fonction expressive (émotive) — l’auteur exprime son attitude subjec- tive et affective à l’égard de la langue et de la civilisation françaises ; b) fonction co- native (injonctive) — l’auteur détermine son attitude à l’égard de l’intelligence ou de la sensibilité du public : par sonmessage, lui, l’énonciateur veut provoquer chez son destinataire une impression liée à la culture française ; c) fonctionmétalinguistique — lemessage transmet l’information sur la langue française dont l’identification de- vient importante. Le corpus de notre recherche ne comprend que des éléments lexicaux français graphiquement non intégrés dans le système de l’anglais ; leur adaptation phoné- tique à la langue d’accueil n’est pas réalisée. Nous avons enregistré une trentaine de termes parmi lesquels des noms (des noms simples, des noms composés) et des syn- tagmes nominaux sont les plus fréquents ; de même, nous avons noté un syntagme verbal, un syntagme adjectival et une locution adjectivale, ainsi que des phrases complètes. Tous les termes donnés apparaissent une seule fois dans le texte, excepté deux termes utilisés deux fois (petite histoire et feuilleton) et lemot émigré qui y ap- paraît plusieurs fois. La raison d’un emploi fréquent du mot émigré réside dans le sujet même du récit : le héros du roman est un étrange émigré russe, Timofeï Pnine, professeur de russe dans une université provinciale aux États-Unis. Il est important de dire également que tout le corpus pourrait être séparé en deux parties. L’une d’elles serait composée des lexèmes figurant dans les dictionnaires d’anglais en tant que mots français entrés en anglais à des siècles différents (pour la plupart, aux 19 e et 18 e siècles, mais aussi aux 20 e , 17 e et 13 e siècles). L’autre partie serait formée des unités lexicales non incluses dans les dictionnaires anglais. Ce fait, lui aussi, prouve que l’écrivain de Pnin dispose d’une bonne connaissance de la langue française et des éléments de la culture française. Quant aux domaines de l’activité humaine auxquels appartiennent lesmots fran- çais employés dans le roman, notre analyse démontre qu’il s’agit des sphères sui- vantes : a) la culture en rapport avec le matériel : — la maison et le mobilier : [...] up and down a room which at the moment existed for them only as an es- pace meublé , to use a Pninian term. (PA 34–35) ‘[...] And here is the bathroom — small, but all yours.’ ‘No douche ?’ inquired Pnin, looking up. (PA 29) [...] all kinds of bulky andmiserable articles, broken chairs, dustymarble-topped tables, morose étagères with bits of dark-looking glass in the back [...]. (PA 104)

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