AGAPES FRANCOPHONES 2013
Voyages et communication interculturelle : la traduction des guides touristiques 355 Dans les documents analysés, on trouve parfois desmentions expresses dans ce sens (ainsi, dans le document n° 7, le mot dévot évoque le tourisme religieux). Les guides en plusieurs langues étrangères s’adressent en principe à des touristes internatio- naux, mais on constate parfois que les Roumains sont également visés : Călător în ţara mea (Voyageur dans mon pays) (c’est le nom d’une collection à laquelle ap- partient le document n° 11) ; le document n° 4 précise qu’il s’adresse à un touriste ou à un « habitant » qui cherche des informations sur sa ville. Le destinataire est impliqué dans une sorte de dialogue, ou, parfois, il semble en- traîné dans une véritable aventure, comme s’il se trouvait déjà dans la situation dé- crite. Le verbe est mis soit à l’impératif (à valeur exhortative), soit à l’indicatif, à la II e personne du pluriel : Explorez le Jardin des Carpates (doc. n° 10), Vous êtes in- vités à découvrir la zone de DealuMare (doc. n° 13), vous pouvez prendre un café (doc. n° 4) ; laissez-vous surprendre par la cuisine aux couleurs locales (doc. n° 3) ; Ensuite, une des nombreuses soupes vous sera servie, àmoins que vous ne préfériez un bulz (doc. n° 3). Comme on peut le voir, dans tous ces cas, c’est le pronom vous (sujet ou complément) qui est de mise. On rencontre cependant des textes tou- ristiques qui ne respectent pas cette règle pragmatique ; l’injonction-invitation Dé- couvre la Roumanie (doc. n° 12) est formulée, contrairement à l’usage français, à la II e personne du singulier. Quant à l’énonciateur (le locuteur-guide), on peut avoir affaire à plusieurs types de situations : soit il s’efface, et l’on a alors un discours neutre, objectif (c’est le type de discours que l’on rencontre le plus fréquemment), soit il est évoqué par le pronom de sens indéterminé on , qui englobe aussi bien l’énonciateur que le destinataire (qui agissent en quelque sorte ensemble) – ex. On revient dans Place Libertăţii (sic!) (doc. n° 4) ; on utilise également le pronom nous , en s’adressant aux touristes au nomd’une communauté identifiée en tant que telle ; ex. : Lemonastère de Suceviţa, qui veille depuis quatre siècles déjà au pied de la montagne, témoignant de la foi de nos ancêtres et de l’histoire de notre nation (doc. n° 7) ; dans ce dernier cas, l’emploi du pronom nous trahit une attitude impliquée, subjective, et il semble mettre une certaine distance entre énonciateur et destinataire. 3. Qualité des traductions La traduction de ce type d’écrits comporte des difficultés et des risques, et engage pleinement la responsabilité du traducteur et de l’éditeur. En ce qui concerne l’identité du traducteur, on a affaire, le plus souvent, à des traductions anonymes ; parfois, on indique le(s) nom(s) du (des) traducteur(s) ; dans certains cas, on a l’impression de se trouver en présence de plusieurs traducteurs anonymes etmême, dans le pire des cas, on arrive à identifier une traduction du type Google Translator (Google Traduction). Les textes étudiés sont de qualité très inégale. En essayant de faire une évaluation globale des documents pris en considération, on pourrait établir une échelle quali- tative. Parmi les textes réunis dans notre corpus, les meilleurs sont, de loin, les dé- pliants bilingues publiés par la mairie de Cluj (dont nous citons ici un seul exemple, le document n° 1), réalisés par de vrais professionnels, qui offrent l’exemple d’un discours clair et cohérent, en excellent français ; on peut mentionner aussi les docu- ments n° 3 (Destination Sibiu) et n° 6 (Le Monastère de Suceviţa). La plupart des documents réunis dans le corpus sont écrits dans un français relativement correct,
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