AGAPES FRANCOPHONES 2013
Mina KIM Université de Lorraine (CREM – EA 3476), France 368 tique de FLE, l’intérêt de l’altérité et de l’identité peuvent-elle être une « autre façon de mettre fin à la rupture entre l’école/université et la vie (quotidienne), de conti- nuer l’une par l’autre » (Séoud 1997, 137) ? Ainsi, pour commencer, je vous renvoie à la définition proposée parM. Adballah- Pretceille et L. Porcher (2001) concernant le texte littéraire : Le texte littéraire, production de l’imaginaire, représente un genre inépuisable pour l’exercice de la rencontre AVEC l’Autre ; rencontre par production, certes, mais rencontre tout de même. Produits de la culture, dans les deux sens du terme («culture cultivée » et « culture anthropologique »), le texte littéraire re- trouve progressivement ses titres de noblesse. Réduit dans un premier temps à n’être qu’un support d’apprentissage linguistique ou qu’une représentation fac- tuelle des faits de civilisation, il est actuellement redécouvert comme médiateur dans la rencontre et la découverte de l’Autre. La littérature permet d’étudier l’homme dans sa complexité et sa variabilité. Ainsi, la littérature peut offrir différents manières de partir à la découverte d’une culture étrangère et de sa diversité, à unmoment donné dans un contexte donné. Le texte littéraire serait donc la réconciliation entre l’universel et le singulier par le truchement d’un individu, écrivain. Dans un article intitulé Laquestionde l’intercul- turalité dans la littérature et les sciences sociales , J.-P. Rogues et S. Corbin (2007, 35) rapprochent littérature et altérité pour montrer la permanence de ce thème : La littérature est non seulement culture, mais elle pense en outre la culture et la question de l’altérité, qui peut être considérée comme l’un de ses ferments. Ce dont est riche la littérature, c’est tout d’abord cette capacité à penser de façon problématique la question de l’identité du sujet et de sa culture, de la différence culturelle et de l’expérience de l’altérité. En effet, l’étude des représentations de l’altérité et de la (re)construction des iden- tités se situe au cœur de cette rencontre avec l’étranger, proche ou lointain, à travers la diversité de sa mise en récit. Le texte littéraire fait office, en quelque sorte, d’une fenêtre sur un autre monde. L’immersion dans l’altérité peut être dans la confrontation avec la différence, le lieu de la prise de conscience de la complexité de la communication avec l’autre. Or, la composition d’une classe de langue est de fait pluriculturelle, plurisociale et plu- rilingue. En d’autres termes, l’apprenant, quel qu’il soit, où qu’il soit, côtoie quoti- diennement cette diversité. Dans cette perspective, le texte littéraire offre un lieu interactif, entre le texte et le lecteur, entre l’enseignant et les élèves et entre les ap- prenants eux-mêmes, en privilégiant la réflexion sur cette diversité. Notre objectif pédagogique est donc de faire découvrir la culture de la langue cible. Or, pour cela, il est nécessaire de faire construire aux apprenants une connaissance de soi et de leur société, à travers la lecture de textes littéraires en classe. Car, si une connais- sance objectivée, une attitude distanciée, peuvent favoriser la reconnaissance de l’autre, l’inverse ne va pas de soi : la re-connaissance de l’autre sans la connaissance de soi, de sa société, de son histoire, nous paraît une entreprise à risques, celle de renforcer les préjugés, lesmalentendus et les incompréhensions. Enfin, cette lecture en langue étrangère se révèle d’abord à soi avant de révéler l’autre et propose à l’ap- prenant-lecteur un voyage dans sa propre altérité. Car le voyage est avant tout la ren- contre de cet autre qui perturbe nos habitudes, nos convictions ; ce choc visuel face
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=