AGAPES FRANCOPHONES 2013
Voyage à travers le texte littéraire en classe de FLE : l’exemple du Dernier jour d’un condamné de Victor Hugo 369 à un univers qui bouleverse notre vision dumonde ; cette autodécouverte qui révèle une autre identité jusqu’alors enfouie en nous, tel un étranger intérieur inconscient. Dans les approches actuelles et les directives du Cadre Européen Commun de Réfé- rences pour les Langues (CECRL), il semblerait qu’une des conditions essentielles à la mise en place de l’étude des textes littéraires soit effectivement l’acceptation d’un traitement transversal de l’objet littéraire qui puisse contribuer au développe- ment de la dimension interculturelle et du contact avec l’Autre : Dans une approche interculturelle, un objectif essentiel de l’enseignement des langues est de favoriser le développement harmonieux de la personnalité de l’ap- prenant et de son identité en réponse à l’expérience enrichissante de l’altérité en matière de langue et de culture. (Conseil de l’Europe 2001, 9) Nous pensons que le fait de devoir privilégier, dorénavant, les rapports intrinsèques entre langue, culture et littérature peut nous conduire à la prise de conscience de la spécificité des objets pédagogiques en classe de langue et de ses dispositifs action- nels. Par contre, dans la société globale actuelle, les partisans de l’enseignement de la littérature étrangère doivent résister et revenir sur la leçon dupassé. Car la finalité d’un tel enseignement au sein de l’établissement scolaire et universitaire, hier comme aujourd’hui, n’a pas beaucoup changé : son caractère illustratif reste fonda- mental à la formation de la conscience civique et intellectuelle du citoyen dumonde. Là-dessus, les conclusions auxquelles arrivait H. Besse (1982, 34), sur l’usage des documents littéraires en classe de FLE nous semblent toujours pertinentes : Le document littéraire dans la classe de langue ne devrait pas être conçu, à notre avis, comme un lieu d’enseignement de la langue, de la civilisation ou des théo- ries critiques, mais comme un lieu d’apprentissage dans lequel les étudiants peuvent explorer tous les possibles (acoustiques, graphiques, morphosynta- xiques, sémantiques) de la langue étrangère et toutes les virtualités connotatives, pragmatiques et culturelles qui s’inscrivent en elle. Comme un lieu d’exploitation pédagogique de ce qui est en voie d’acquisition, plutôt que comme prétexte à en- seigner de nouvelles connaissances. Nous rappelons également un critère fondamental dans le choix de documents di- dactiques : celui que G. Zarate (1993) appelle la « qualité informative » des docu- ments. Celle-ci n’est pas constituée par l’actualité des informations, par la présence de données quantitatives ou par la nature du support. Elle est garantie par la pré- sence d’éléments permettant la mobilisation de plusieurs représentations de la même réalité. Le professeur de langue et/ou de littérature étrangères devrait donc devenir un médiateur et un passeur entre cultures, capable de créer chez ses étu- diants la démultiplication d’angles du fait littéraire en contact avec les autres genres (théâtre, chanson, cinéma, bande dessinée, etc.) et la conscience d’une identité cul- turelle et interculturelle susceptible de leur permettre de communiquer leurs autres motivations et leurs idées, en somme, leurs façons d’être et de voir le monde. Présentation du roman et la prise de position de V. Hugo contre la peine de mort Le Dernier jour d’un condamné est un roman publié en 1829 qui constitue en un réquisitoire politique pour l’abolition de la peine de mort. L’œuvre est bien un cri. Il est d’abord le cri de souffrance, de panique, de haine, de détresse, quand on a tant
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=