AGAPES FRANCOPHONES 2013
Angeliki KORDONI Université Sorbonne Nouvelle- Paris 3, France 376 La littérature de voyages est considérée comme un objet nouveau dans le domaine de la didactique des langues et des cultures. Nous nous focaliserons sur son introduc- tion dans la classe de FLE pour deux raisons principales. Tout d’abord, parce qu’elle insère l’apprenant dans un environnement interculturel et polymorphe, capable d’en- traîner une déstabilisation de normes et de stéréotypes ainsi qu’une réaffirmation de l’identité personnelle. Puis, parce qu’à travers tous ces éléments interculturels, elle peut développer l’imaginationde l’apprenant en lui offrant unmoyende se familiariser avec l’écriture d’invention. Il paraît d’abord nécessaire de commencer avec quelques éléments d’histoire concernant la place de la littérature dans les différentesméthodes pédagogiques. Par la suite, à travers une approche interdisciplinaire, je tenterai de montrer que cette littérature ouvre plusieurs voies d’exploitation et peut ainsi devenir le support de développement de plusieurs compétences. 1. La place de la littérature en FLE : quelques éléments d’histoire La place et les fonctions de la littérature dans l’enseignement du FLEn’étaient guère stables dans les différentes méthodes d’enseignement. Selon M. Naturel (1995, 17), le statut du texte littéraire peut se résumer en troismots: grandeur, décadence et re- nouveau. Jusqu’aux années 1960, la littérature avait une place prépondérante dans l’apprentissage de la langue. La méthode traditionnelle privilégie l’apprentissage linguistique, essentiellement grammatical, en considérant la littérature comme la représentante de la norme. La langue enseignée représentait le « bon usage » de style soutenu inspiré par les grands auteurs et le texte littéraire conduisait à une formation culturelle et morale. Dans la préface de la méthode Cours de Langue et de Civilisation Françaises, Marc Blancpain, explique l’objectif du manuel : Ce n’est pas pour rendre plus commodes leurs voyages ou leurs plaisirs de tou- ristes. C’est d’abord pour entrer en contact avec une des civilisations les plus riches du monde moderne, cultiver et orner leur esprit par l’étude d’une litté- rature splendide, et devenir, véritablement, des personnes distinguées (1953, 6). La gloire du texte littéraire est justifiée par des raisons institutionnelles, idéo- logiques et sociales. La littérature transmettait des valeurs, desnormes et elle répon- dait à l’éducation de l’honnête homme (Cuq, Gruca, 2008, 416). Audébut des années 1960, les enseignants abandonnent la littérature au profit des textes fabriqués et proches de la civilisation du quotidien. La méthodologie structuro-globale audiovi- suelle met en marge la littérature et accorde une grande importance à l’utilisation combinée de l’image et du son. Les manuels de langue bannissent les textes litté- raires pour représenter la parole en situation. Cette « ère du soupçon » à l’égard du littéraire dominera en France et en Europe jusqu’aux années 1990. L’approche com- municative ne traite pas la littérature et l’exclut de son discours. Pourtant, le texte littéraire réapparaît parmi les supports des unités didactiques. Pendant les dernières décennies, il est considéré comme un document authentique, puisqu’il n’a pas été conçu à des fins didactiques. Or, l’approche actionnelle nous ouvre la voie vers une autre dimension de l’utili- sation du texte littéraire. Désormais, son exploitation prend la forme d’une tâche que l’apprenant est invité à accomplir en tant qu’acteur social. Comme Puren l’explique, « les élèves deviennent à la fin de la séquence didactique non plus seulement des ac- teurs de leur contact avec les textes (en lecture ou interprétation) ou des auteurs lit- téraires (en écriture, donc), mais des agents dans le champ social de la littérature. » (2012, 8).
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