AGAPES FRANCOPHONES 2013
Angeliki KORDONI Université Sorbonne Nouvelle- Paris 3, France 378 en éléments culturels, met en place unmonde semblable au nôtre et enmême temps radicalement différent. Il représente un système social complexe qui est capable de développer dans les meilleures conditions une conscience interculturelle. Il offre un moyen de trans- mettre l’expérience des autres, ceux qui sont éloignés de nous dans le temps mais aussi dans l’espace. Il «déconcentre, déroute, dépayse» (Compagnon 2007, 67) et oblige le lecteur à sortir du milieu rassurant qui est le sien en le jetant à l’aventure dans un univers nouveau. L’expérience littéraire invite au questionnement des autres êtres humains dans leurs différences et leurs ressemblances. Elle permet l’en- trée dans l’altérité et dans des nouveaux contextes sociaux et culturels. Le récit de voyage nous fait penser soit à des images stéréotypées que nous possé- dons déjà soit à des nouvelles visions d’un monde que nous ne connaissons pas. L’enseignement de la littérature de voyages suppose l’affranchissement des fron- tières et le dépassement de toute perception stéréotypée. Les stéréotypes habitent chacun d’entre nous et font partie de notre héritage culturel, de notre mentalité et de notre langue. Or, à travers l’approche du texte littéraire, les apprenants peuvent être incités à aller vers une remise en question de leurs représentations, en essayant de mieux pénétrer dans la culture de l’Autre. La rencontre de nouvelles cultures et leur comparaison avec la culture de l’apprenant contribuera à un effort de dépasse- ment des ces images stéréotypées. L’enseignant de langue doit prendre conscience de l’influence des représentations et les mettre au profit de la classe. Il doit aussi expliquer que reconnaître la culture de l’Autre revient à connaître et à reconnaître sa propre culture. L’approche interculturelle permettra d’explorer des lieux d’interrogation des sté- réotypes de l’Autre, mais aussi des processus identitaires, dans lesquels se décon- struisent et se construisent les représentations de l’Autre et de soi. La dénonciation des préjugés et des enfermements identitaires et la lutte contre les identités pre- scrites seront atteintes à travers l’étude de la littérature de voyages. LucCollès (1997) cite Grandidier qui souligne que « le voyage fait mieux apprécier la patrie, rectifie et agrandit les idées, dissipe les préjugés et donne de l’expérience. » Le texte littéraire permettra à l’apprenant de mieux comprendre l’homme et le monde et découvrir un charme qui complète son existence ; ce faisant, il se com- prendmieux lui-même (Todorov 2007, 25). C’est un lieu où chaque lecteur peut éla- borer son intériorité et sa subjectivité. En outre, il peut être une véritable révélation ; une bonne occasion de modifier et demétamorphoser les représentations qu’il a de son propre monde intérieur et de sa relation au monde extérieur. L’objectif sera de lire pour se comprendre, pour mieux se connaître et pour ac- cepter la différence. En conservant sa culture personnelle, l’apprenant se confronte à une autre réalité et il « fabrique » de nouveau son identité. Pour arriver à la con- struction d’une identité plurielle, il dépasse la rupture entre moi et l’Autre, entre ici et ailleurs. Ainsi, la quête des nouvelles appartenances établira un nouveau rapport de complémentarité. Loin d’être repli sur soi, l’apprenant de langue construira une identité multiple et multilingue. Paul Ricœur souligne que « être homme, c’est être capable de ce transfert dans un autre sens de perspective » (1964, 336). Pouvoir regarder d’une fenêtre ouverte qui donne sur un autre monde possible et sur une autre réalité des choses. Sortir de soi- même, s’épanouir, se reconstruire et imaginer. Remettre en question ce qu’on considère comme des donnés stables et s’évader dans un monde inconnu.
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