AGAPES FRANCOPHONES 2013
Vesna SIMOVIĆ Université de Niš, Serbie 394 elle est toujours un moyen d’accès privilégié à une culture cible. Et c’est ce qu’on ressent vivement, dès l’entrée dans une classe de langue, même avec les débutants. Ils sont tous curieux et avides de détails sur la société dont ils apprennent la langue, que ce soient les comportements quotidiens qui servent de cadre de communication verbale (se présenter, faire connaissance avec quelqu’un) ou bien les habitudes ou le mode de vie des jeunes de leur âge qu’ils découvrent. C’est toujours au moment où ils révèlent un monde réel qui vit et qu’ils reconnaissent derrière les mots in- connus d’une autre langue que ces mots deviennent une réalité pour eux. Bien que les besoins et les attentes culturelles des apprenants d’une langue étran- gère soient évidents et que les spécialistes y aient longuement réfléchi, il semble que certaines questions restent toujours sans réponse précise: comment apprendre ou enseigner une culture étrangère? Comment définir une compétence culturelle, com- ment l’évaluer? Quelles informations et connaissances culturelles donner à l’appre- nant pour qu’il puisse communiquer efficacement? De quels supports se servir et quelles activités envisager pour concilier la compétence linguistique et la compétence de communication interculturelle? Le problème est d’autant plus grand que l’appren- tissage de la culture étrangère semblait reposer sur le modèle de l’apprentissage de la culture maternelle sans tenir compte des différentes natures de ces deux appren- tissages. Trop complexe pour pouvoir se réduire à un simple mimétisme, l’approche d’une culture étrangère passe inévitablement par diverses étapes spécifiques. L’apprenant, imprégné de sa culture maternelle qui a influencé sa vision du monde, doit se situer socialement dans la culture cible et adapter son «bagage cultu- rel» aux modèles de la culture étrangère. D’après H. Besse, celui-ci, confronté à la culture étrangère, la conçoit à travers le prisme de sa propre culture. Besse emploie le terme «le crible culturel» analogue au «crible phonologique» de Troubetskoy. Il l’a élargi à tous les éléments de la communication interculturelle, verbale et non ver- bale. L’idée principale de Besse est que la culture de l’Autre ne peut être vue qu’à travers soi (Séoud 1997, 139). Sa propre culture par contre est vue comme naturelle et universelle: chaque culture a tendance à se naturaliser, c’est-à-dire on perçoit les éléments qui la composent comme naturels. La naturalisation de la culture domi- nante est un processus profond et étendu comprenant tous les aspects de la vie so- ciale et individuelle. Vu que l’individu n’est pas capable à appréhender les spéci- ficités de sa propre culture, il a besoin de la présence de l’Autre. De même qu’on per- çoit l’Autre à travers soi, de même on a besoin du regard de l’Autre pour la percep- tion de soi. Bakhtine a considéré comme indispensable la présence de l’Autre, plus précisément sa position extérieure (exotopie) pour la connaissance de nous-mêmes: Dans le domaine de la culture, l’exotopie est le moteur le plus puissant de la compréhension. Une culture étrangère ne se révèle dans sa complétude et dans sa profondeur qu’au regard d’une autre culture (et elle ne se livre pas dans toute sa plénitude car d’autres cultures viendront qui verront et comprendront davan- tage encore). (Séoud 1997, 140) Grâce à sa vision du monde acquise dans sa propre culture, l’Autre peut mieux per- cevoir les pratiques qu’un natif ne reconnaît pas et les observer d’un regard multi- dimensionnel. Pour s’élucider donc, les cultures étrangère et maternelle ont besoin l’une de l’autre. Pour connaître l’Autre et par conséquent nous-mêmes, il est indis- pensable de percevoir toutes les spécificités qui nous différencient des autres et nous font uniques. La confrontation aux éléments de la culture étrangère qui nous pa-
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