AGAPES FRANCOPHONES 2013

Vesna SIMOVIĆ Université de Niš, Serbie 398 lieu de la création. Ancrée dans une culture dont elle porte les traits spécifiques, cette oeuvre appartient enmême temps à l’humanité entière, c’est-à-dire a un carac- tère universel. Le texte littéraire s’adresse à tout le monde et aborde des sujets im- mortels et universels. Pourtant chacun le comprend à sa manière. Sa polysémie et le fait qu’il s’adresse à chacun individuellement et à tous ensemble rend le texte littéraire autonome, dépassant les limites de temps et d’espace. Les apprenants peuvent le lire en fonction de leur expérience ou de leur culture. Un texte littéraire ne perd jamais son actualité ni son authenticité ce qui n’est pas le cas avec d’autres documents authentiques. Ceux-ci privés de leurs objectifs et de leur public cible, utilisés dans la classe de langue pour des fins pédagogiques, donc autres que ceux pour lesquels ils ont été créés, perdent inévitablement leur authenticité et, avec le temps, leur actualité (Séoud 1997, Abdallah-Pretceille, Porcher 1996). L’intérêt pédagogique de l’approche interculturelle et de l’emploi du texte litté- raire comme support dans la classe de langue est double: la prise de conscience de l’Autre, mais aussi la prise de conscience de soi-même. Le travail sur un texte lit- téraire peut favoriser chez les apprenants le développement de la conscience d’une identité culturelle qui coïncide avec leur identité propre (Séoud 1997, 144). S’appro- cher de l’Autre ce n’est pas seulement apprendre des informations de lui, c’est sur- tout diminuer les différences entre deux façons d’envisager le monde en les relati- visant. Le texte littéraire facilite une confrontation à l’altérité en incitant les appre- nants à une réflexion pour éviter tout jugement trop rapide. Face à un texte litté- raire, l’apprenant éprouve un plaisir esthétique, l’une des qualitésmajeures du texte qui facilite l’investissement personnel à l’apprenant. Inspiré ouprovoqué par le texte lu, il s’ouvre, raconte ses souvenirs, exprime ses sentiments, partage ses expériences. Il parle de ses pensées, ses émotions pour les universaliser et les faire partager par les autres. En exprimant les images suscitées dans l’esprit par le texte littéraire, les apprenants construisent une image de l’Autre. La verbalisation de leur compréhen- sion ou de leur incompréhension, de ce qui les choque ou de ce qu’ils trouvent étrange facilite le travail de l’enseignant sur la relativisation des points de vue et évite le rejet de ce qui est trop différent de la culturematernelle (Riquois 2008, 148). Polysémique, le texte littéraire permet à l’apprenant de se distancier, de réfléchir, de se mettre à la place de l’Autre pour essayer de comprendre en quoi il trouve nor- mal quelque chose qui lui paraît étrange. Il ne s’agit pas de s’identifier à l’Autre au point de se confondre avec lui, mais de développer un savoir-faire lui permettant de comprendre des façons de penser et d’agir de l’Autre. Cela permettra à l’apprenant de comprendre l’Autre et se retournant sur soi, de se comprendre soi-même à travers lui dans un mouvement en spirale décrit par M. de Carlo (8). Conclusion L’approche interculturelle souligne l’égalité et les valeurs des deux cultures, mater- nelle et étrangère. L’objectif de la connaissance de l’Autre est de comprendre ses différences pour pouvoir les accepter, les tolérer et les respecter. L’apprentissage d’une langue étrangère vu comme un voyage vers l’ailleurs et le contact avec l’Autre représente l’enrichissement de soi-même.M. deCarlo représente ce trajet, cette con- struction du savoir culturel sous la forme d’unmouvement en spirale qui part de soi, se projette vers l’Autre et revient à un soi modifié. Pour réussir ce voyage il est né- cessaire de réexaminer la vision et les certitudes que nous avons sur nous-mêmes et

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