AGAPES FRANCOPHONES 2013

Editha-Néfertiti D’ALMEIDA Université de Limoges, France 60 intellectuelle, professeure d’université, élevée dans le respect des règles de sa caté- gorie sociale ; et Gauvain un Breton issu d’un milieu modeste, pêcheur dans la con- tinuité familiale, sans éducation ni référence intellectuelle. Dans une société des an- nées cinquante où les cloisons restaient encore très étanches, George va très tôt vou- loir se construire une identité indépendamment de tous les schèmes sociaux pré- établis. Cette démarche d’indépendance s’énonce comme un voyage initiatique parce qu’au cours de son histoire d’amour, la diariste se découvre, s’affirme et se posi- tionne par rapport à son environnement. C’est un besoin de construction identitaire qui se dévoile par l’expression du « je », sujet d’un discours assumé et revendiqué. George assume son discours, elle raconte ses émotions, ses envies, ses craintes, ses peurs qui prennent une forme différente suivant les étapes de sa vie ; dans l’insou- ciance de sa jeunesse quand elle décide à dix-huit ans de faire de Gauvain son amant pour la vie, dans la prise de conscience de son mariage raté, de la réalité de la vieil- lesse qui rattrape ou la peur de la réalité de lamort. Un processus qui permet qu’avec l’âge des convictions s’affinent et se confirment. On peut ainsi lire : Pendant les dix années suivantes, mon existence a été trop remplie pour que j’aie eu le loisir de penser mes premières amours. C’est plus tard que vous vient la nostalgie, quand le deuxième amour, celui sur lequel on a risqué sa vie, com- mence à prendre le gîte. […] pour l’heure, c’est insensiblement que ma jeunesse se transmue en âge adulte. […]Quand on double le cap des soixante, on sourit de la naïveté de sa jeunesse. On a tort. C’est en rentrant dans la décennie des 3 que j’ai perdu ce bien inestimable : l’insouciance. Jusque-là j’avais vécu en nég- ligeant totalement le fait que j’étais mortelle. (TO, 59) Partant, le « je » met en évidence le prétexte d’écriture qui est celui de projeter un état d’âme sur le monde extérieur, une vision de l’environnement de création, de peinture du monde tel qu’on le voit, tel qu’on le sent ou de traduire sa propre vision du monde tout en créant un objet esthétique. Le texte de Groult charrie tout cela à la fois et le choix de l’écriture intimiste vient en souligner la quintessence parce qu’il révèle un vécu authentique quoique mis en fiction. Cette authenticité a pour effet de rassurer le lecteur sur la véridicité des dires, grâce à l’expérience de la diariste et donc d’y accorder du crédit. Un discours affirmé qui apprécie le monde de la femme par rapport à elle-même, son environnement social et ses rapports au masculin. L’utilisation du pronom personnel « je » a une véritable valeur constructive : il ré- vèle l’intériorité de son auteur, qui recherche l’accord avec sa propre subjectivité. L’alternance de deux points de vue, celui du monde et le sien propre, renvoie à un besoin d’épanouissement personnel, indépendamment des représentations identi- taires que la société façonne. Voyage au travers de représentations culturelles À partir de l’odyssée intime de George, le lecteur voyage au cœur des cultures qu’il découvre avec intérêt par le regard de cette héroïne où défilent représentations de genres, strates sociales en passant par les réalités historiques et politiques, pour en marquer les limites. Les codes et représentations des sociétés et les leurs influences parcourent l’œuvre. Ces influences profondes créaient chez l’individu un ensemble de dispositions qu’il intègre comme une seconde nature : « L’habitus » (Bourdieu 1991, 24). George n’échappe pas à l’emprise de son « habitus » culturel et intellec- tuel. C’est avec son regardde bourgeoise parisienne qu’elle ne peut s’empêcher d’ap-

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