AGAPES FRANCOPHONES 2013

Editha-Néfertiti D’ALMEIDA Université de Limoges, France 62 3 Dans son article, Chevrier convoque une expression de Catherine Coquery-Vidrovitch qui parle de la femme africaine soumise à la domination de l’homme par le terme de la triple tutelle des trois « s » qui sied bien aux personnages féminins dans l’œuvre de Groult. n’ayant pas une vie sexuelle épanouie. Dans chacun des cas, le divorce est une évo- lution positive, indispensable à l’émancipation de la femme, une rédemption, un moyen de recouvrir sa liberté perdue dans une union de sacrifices au seul bénéfice du mari. Lorsqu’elle prend la décision de demander le divorce, elle le vit comme un affranchissement, une liberté retrouvée. Elle avoue : « Je venais deme dépouiller de la George humble et douloureuse comme d’une peau morte. J’avais assumé le rôle jusqu’au bout, j’en avais vécu tous les épisodes traditionnels […] je me découvrais des aptitudes toutes fraîches pour le bonheur et une propension inattendue au rire et à la légèreté. […]Mon premier geste de femme libre consista à m’acheter une bi- cyclette ». (TO, 63) Toutefois, s’il semble plus simple de se libérer de la triple tutelle des trois « s » ( Silence sacrifice et service) 3 pour emprunter à Jacques Chevrier (2003,8–12), il est encore plus difficile de se défaire des stéréotypes que construit la société. Partant, le voyage d’initiation qui conduit George à une affirmation identitaire, va engager la question des rapports de forces entre le féminin et le masculin. Le comportement de George témoigne alors d’un féminisme subtil mais subversif parce qu’il présente une femme détentrice d’un phallus féminin. George n’agit pas dans sa relation amoureuse selon les codes sociaux attribués à la femme : petite fille déjà, elle joue en cachette avec les garçons. Pourtant, une fille ne joue pas avec les garçons, elle s’attèle à se former pour être une vraie femme. Une femme respectable semarie, fait des enfants et s’occupe de son foyer. Cependant, George mène la relation et en défi- nit les limites et les objectifs. Une femme ne doit pas se soumettre au bien-être de sonmari audétriment du sien. Assumant ses désirs, George change ses compagnons au gré de ses envies et de ses lassitudes, construisant pour ainsi dire sa propre con- ception de vie. Elle va par exemple valoriser la maîtresse au détriment de l’épouse qu’elle déprécie. Pour elle, les épouses servent involontairement les intérêts des maîtresses, car plus elles sont soumises à leur conditionnement demère et d’épouse, plus les maîtresses en tirent avantage. Ainsi, Marie-Josée permet à George d’être celle qui est désirée. Elle l’observe elle-même : « C’est aussi grâce à Marie-Josée, à ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas, que je peux aimer Gauvain sans avoir à le blesser une seconde fois ». (TO, 191) Cette volonté subversive de voir la femme se libérer des carcans sociaux vient s’enrichir d’un langage poétique et explicite de la sexualité. Poétique de l’érotique Dans le processus de construction identitaire deGeorge le sujet de la sexualité prend une place prépondérante. Il se justifie en ceci que la sexualité prend une place im- portante dans la régulation des genres car les normes sexuelles dans l’ensemble mo- dèlent les normes sociales. Dans la langue par exemple, l’homme et la femme ne sont pas évalués de manière équitable : un mot en rapport au sexe dit par un homme marque en général son tempérament, sa virilité tandis que le même mot dit par une femme témoigne du peu de vertu de celle-ci. La narratrice en a bien conscience et s’engage à contre-courant de cet idéal de société. Elle prend la liberté d’un langage explicite qui met en relief la passion physique triomphante. Ainsi, le choix des mots

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