AGAPES FRANCOPHONES 2013
José Domingues de Almeida Université de Porto,Portugal Institut de Littérature Comparée Margarida Losa 66 sement différent sur la perception spatiale des aires francophones, puisque l’image des «métaphores spatiales » (Beniamino 2003, 16) y est persistante. Comme le rap- pelle Beniamino : Ce qui est considéré comme « espaces francophones » est une combinaison très complexe d’espaces définis par des logiques multiples – la langue, la culture, l’histoire et la géopolitique par exemple. Et il ne manque pas, d’ailleurs, d’exemples de « nouvelles » littératures (littérature migrante, beur, etc.) qui semblent à la fois déjouer les ensembles littéraires pourvus de frontières constituées par la critique (16). Dès lors, et en pointant déjà l’avènement des « littératures- monde », il s’agit pour la critique d’acter « cette distinction supplémentaire entre francophonie et franco- phonie littéraire. » (21) Sa conclusion est on ne peut plus parlante, et tombe à point nommé dans l’approche des fictions francophones que nous aborderons à la faveur du motif du voyage : « La francophonie littéraire a un sens parce qu’elle est une somme d’“expériences discordantes” » (24). Et Beniaminode la préciser : « […] une certaine forme de communauté de culture fondée sur la langue et ses représentations mais aussi sur ces “expériences discor- dantes” du monde comme identité négociée en permanence dans la tension ou la conflictualité du partage, justement, impliqué par l’histoire […] » (24). Mais, d’autre part aussi, par le biais du traitement purement diégétique du récit, il faudra tenir compte de la disparité des conditions socioéconomiques et logistiques au sein des différentes aires francophones marquées par des idiosyncrasies antago- niques, quoique rassemblées par une langue d’écriture littéraire, en l’occurrence le français. Pour l’exemple, partons d’une lecture critique comparée de deux conceptions et configurations du voyage liées, du point de vue narratif et diégétique, à deux fran- cophonies distinctes : l’Afrique (plus précisément la République Démocratique du Congo, ancienne colonie belge, et ce, par ricochet canadienne) et l’ancienne métro- pole coloniale (la Belgique). Puis nous abordons de façon comparatiste ces deux littératures francophones sur la thématique et les configurations du voyage aumes- sage et aux implications psychologiques et sociales diamétralement opposées. Pour ce faire, nous prendrons pour supports critiques les romans Voyage à plus d’un titre de l’écrivain belge francophone, Francis Dannemark (1981), et Un passage vers l’Occident (2007) de Didier Leclair, écrivain franco-canadien aux origines et par- cours africains, dont les univers diégétiques se réfèrent à des réalités viatiques fort dif- férentes, mais imbriquées par les aléas du recours littéraire à la langue française. Un circuit autoroutier belge Paru en 1981, Le voyage à plus d’un titre , premier roman dannemarkien, affiche les caractéristiques narratives postmodernes par lesquelles se signale une certainemou- vance du renouveau romanesque en français à cette époque. Il y est question du per- sonnage Peter, un photographe free-lance de renom, qui abandonne brusquement une carrière prometteuse. En voiture, il fuit délibérément sa destinée, en se lançant dans l’immense réseau labyrinthique des autoroutes belges : « De cela au moins il est sûr. Il a voulu que ce soit la nuit. Pas le crépuscule, non, la nuit noire depuis plu- sieurs heures […]. Mais maintenant c’est fait, ça y est, le moteur tourne, les phares
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