AGAPES FRANCOPHONES 2013

Roxana-Ema DREVE Université Babe -Bolyai, Roumanie 86 4 Dorénavant désigne sous le sigle (VB), suivi du numéro de la page. une fraction de seconde [Moguer] estima qu’il devait avoir à peu près le même âge que sa propre fille » (H, 49) que, après une première altercation avec le capitaine « [e]lle était assez contente de constater que la porte de sa cabine n’était plus fermée à clef » (H, 53) et que, au fur et à mesure que le temps passait, « […] elle avait sa place à bord, qu’elle était en quelque sorte le mousse du Azzar ». (H, 61) Une première aventure spirituelle chez l’écrivain suédois Göran Tunström est à trouver dans Le voleur de Bible. La figure de proue du roman est un garçon nommé Johan qui transforme les lieux d’errance et de cachette, en des espaces de révélation et de fondement intellectuel. De tous les endroits symboliques du texte, c’est la bib- liothèque du Héron qui appelle le jeu de synesthésies. L’incursion dans l’univers livresque représente aux yeux du jeune Johan une ouverture vers l’infini. En effet : « [s]i réduit le monde extérieur mais si vaste le monde intérieur pour ceux qui sa- vaient où se trouvaient les Clés ! » (Göran Tunström 1988, 563). Fruit d’une relation de passage, la descendance du garçon inquiète dès le début du romanpar l’étrangeté et la brutalité qui la caractérise. Abandonné par ses parents biologiques, Johan est élevé par Ida et Fredrik. Mais rien de positif ne définit la fa- mille d’adoption, endroit d’abus et de viols, d’humiliations et de décadence. C’est seulement à travers la lecture que Johan est capable de s’évader et de s’éloigner de son géniteur. Cette récupération du vécu se réalise graduellement par chaque incur- sion dans le terrain mystique de la bibliothèque. Chez Tunström, l’errance spirituelle est donc placée à la lisière du sacré et sup- pose une métamorphose intérieure de l’enfant. Le changement subi par Johan est exposé par la juxtaposition des adjectifs (« neuf », « véritable » « bohémien »), des substantifs (« chaleur », « seuil », « orée », « voie », « entrée ») ou des verbes (« pé- nétrer », « franchir », « trouver ») dénotant l’idée de transgression illicite des fron- tières. En suivant le trajet du bohémien, nous nous rendons compte que sa transfor- mation est facilitée par la stérilité du milieu familial et social. Le « chez-soi » cède la place à la flânerie dans une ville-gouffre incarnant les attributs d’un palimpseste. Lapromenade indique en ce sens la transition vers d’autres horizons, mais aussi l’ex- ploration de l’inconscient. Initiée au niveau mental, la « possession » de l’esprit se reflète également sur le corps. Les traces de la transfiguration deviennent visibles grâce à « [l]a chaleur [qui] montait dans le corps […]. Il regarda autour de lui avec des yeux totalement neufs et vit les couvertures diversement colorées des livres » 4 (VB, 559). Le renouveau est à la fois illustré dans la phrase : « Cinquante pages plus loin Johan se réveilla, aba- sourdi et neuf : la lumière d’un autre monde illuminait sa tête ». (VB, 559, en ita- liques dans le texte) Le monde que l’enfant découvre suite à l’entrée dans la bibliothèque du Héron est un univers vaste et imprédictible où règne la potentialité. Or, le déplacement de Johan, par la symétrie entre la traversée des limites et la coexistence du jadis et de l’actuel, fait l’objet d’un possible passage à la maturité. La sublimation du « moi » repose ici sur l’action consciente de pénétrer dans un espace interdit : « Il se trouvait maintenant à l’orée d’un autre monde. Et, comme s’il avait cherché une véritable entrée à cemonde-là, il arriva dans ce qui était le bureau duHéron ». (VB, 558–559) Au fur et à mesure que le récit avance, la Bible devient le pivot autour duquel est tissée l’histoire du protagoniste. La découverte et la réappropriation du legs an-

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