AGAPES FRANCOPHONES 2013
Liliana Cora FOŞALĂU Université Alexandru Ioan Cuza de Iaşi, Roumanie 90 firme l’autre grand voyageur de la littérature suisse romande dont on a déjà évoqué le nom, Nicolas Bouvier. Parmi les régions quasiment inconnues à l’époque, dont témoignent ses récits de voyage, on rappelle: le désert de Kyzylkoum, la république autonome de Karakapal- kie, le col de Djoukka, la Syanétie, la Balkarie, le Koukou-Nor et beaucoup d’autres lieux et noms exotiques qui font encore rêver d’aventure et d’un ailleurs ensorcelant, attrayant. On ne doit pas oublier non plus ses récits « parmi la jeunesse russe », réa- lisés entre 1930–1931, à la suite d’une connaissance sur place de cesmilieux qui l’in- téressaient beaucoup. Elle passe plusieurs mois à Moscou, apprend le russe, étant logée chez la Comtesse Tolstoï. Ce séjour en Russie lui donnera un goût très fort de l’Orient qui allait devenir une bonne partie de sa vie. De la Russie elle part pour la République des Kirghizes en compagnie, pour le début, de deux couples russes. Suit la découverte des Monts célestes (les contreforts ouest des Tian Shan), que nous pouvons lire dans ses fort vivantes pages DesMonts Célestes aux Sables Rouges , re- cueil d’une inoubliable expérience de voyage, ayant le sous-titre Turkestan solo . Plus tard elle verramiroiter à l’est les étendues poudreuses duTakla-Makan, le désert qui ouvre vers la Chine, une Chine encore interdite, mais pour la connaissance et la « conquête » de laquelleElla avaitmontré une volonté, une détermination extraordi- naires. En regagnant l’Europe, EllaMaillart traversera Alma-Ata, Tachkent, Samar- kand, Boukhara, Khiva – les cités dont elle avait longuement rêvé. Elle le fera dans les conditions les plus difficiles, s’exposant à tous les dangers des routes inconnues, parfois sans permis, dans des conditions climatiques des plus dures, en barque, en train de marchandise, en grappe sur des camions poussifs, souvent à pied, en cara- vane, suivant des chameliers, etc. Ce qui devient, avec le temps, de plus en plus intéressant dans ses œuvres, c’est qu’elles témoignent d’un monde disparu ou, comme l’auteure l’éprouvait déjà à l’é- poque de ses exploits, en train de disparition. C’est cette vérité de l’ensemble de l’œuvre, doublée de l’authenticité du témoignage, qui a orienté notre lecture sur des aspectsd’ethnolittérature, qui réclame, de par sa spécificité, unparcours ethnocritique. Les volumes signés Ella Maillart regroupent des récits qui retracent ses voyages en mer ou sur la terre, parfois des lettres destinées à sa mère, qui rapportent la même expérience (c’est le cas de Cette réalité que j’ai pourchassée ). Les titres de ces recueils s’imprègnent, dans la plupart des cas, des traits de l’ethnolittéraire : Parmi la jeunesse russe. De Moscou au Caucase (1932), Des Monts célestes aux Sables rouges. Turkestan solo (1934), – Oasis interdites. De Pékin au Cachemire (1937), Gypsy Afloat – La Vagabonde des mers (1942), Croisières et caravanes (1951), Ti- Puss ou l’Inde avec ma chatte (1951), et La Voie cruelle (1952). À côté de ces re- cueils, ondoitmentionner l’existence d’une série de conférences que l’ étonnante vo- yageuse donnait à la prestigieuse « Royal Geographical Society » à Londres et dans d’autres célèbres instituts européens, qui lui facilitent la rencontre d’importants scientifiques, historiens, archéologues et sociologues. À ces conférences on ajoute de nombreux enregistrements pour la Radio Suisse, de même que son travail de reporter pour Le Petit Parisien , où elle a constamment publié des récits de voyages en Turquie, en Iran, en Afghanistan et ailleurs.
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