AGAPES FRANCOPHONES 2013

Pour une lecture ethnocritique d’Ella Maillart 95 mène à travers les différentes strates de la société, avec l’humilité de celle qui sou- haite vivre aux côtés de, en portant sur la réalité ce regard multiple, simultanément sociologique, ethnologique, anthropologique, selon le cas philosophique, voiremême politique. Au fil des lettres, le lecteur découvre des paysages et des rencontres formatrices. En 1937 elle rend le récit de son voyage avec Peter Fleming entre Pékin et Srinagar dans Oasis interdites . Le livre est écrit au Liban. Ensuite elle voyage en Turquie, en Iran, en Afghanistan et à travers toute l’Europe. Voyager l’aide à remplir l’existence qui est pour elle une quête : connaître le sens de notre présence au monde : « Je vo- yageais en attendant de connaître la raison de notre présence. Qu’est-ce que la réa- lité ? Qu’est-ce qui est important ? ». La principale raison de son départ pour l’Asie semble être la déception causée par la Seconde Guerre. Elle ne peut plus accepter la guerre fratricide européenne : « Cette guerre-ci me force à chercher quelle est la si- gnification de ce monde, quel est le commun dénominateur de chacun de nous, la base sur laquelle on peut recommencer à vivre ». Dans une lettre envoyée de Palerme (Sicile) en 1925 on peut admirer son style ethnologue : Nous venons de visiter la Capella Palatina et le Palazzo Reale ; c’est un mélange extraordinaire de tous les arts et époques, colonnes grecques, mosaïques arabes, voûtes romanes, Aragon, Bourbons, etc. ont laissé leurs traces. […]Nous partons demain pour une expédition à l’intérieur du pays. Car sachez que la Sicile con- tient plus de ruines et mieux conservées que toute la Grèce mise ensemble. (CRP, p.29, 31) Encore sur la Sicile : « Le pays est riche en blé, vigne, oliviers, citronniers et il n’y a guère que le sommet des montagnes de 500 m qui soit tout pelé ». (CRP, p.33) D’autres témoignages de son œil par excellence explorateur, œil qui n’est pas qu’extérieur, sont fournis dans une lettre du 15 octobre 1925, de Mallia / Crète : C’était une coutume minoenne de se servir des îles comme nécropoles et nous avons retrouvé à 6 m50 de profondeur les grandes jarres de terre cuite qui ren- ferment encore les ossements humains ; mais les tombes devaient être pauvres car il n’y a pas de bijoux, mais seulement des poteries et de la céramique assez bien conservée ». (CRP, p. 34) Les renseignements du type économique sur la vie de ces populations ne sont pas absents non plus ; un exemple d’économie associée à l’interculturel dans le fragment qui suit : Ici [au Kazakstan] l’argent ne repréşente rien, la seule monnaie d’échange est le mouton, et c’est en mouton qu’ils transforment toutes leurs économies. Le ré- dacteur kirghise de Karakol m’avait raconté que sa première femme, en 1918, lui avait coûté vingt chevaux. Et je pense qu’en latin, pecunia – monnaie – vient de pecus, bétail, et que dans l’Iliade la valeur des boucliers s’exprimait en têtes de bétail. ( Des Monts célestes… , p. 73) RachidAmirou, dans Imaginaire touristique et sociabilité duvoyage avait distingué trois grandes dimensions qui marquent la vie du voyageur : le rapport à soi, le rap- port à l’espace et le rapport aux autres, tout lié, normalement, à la quête d’un sens et lisible, selon le point de vue que nous y proposons, dans un registre ethnocritique.

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