AGAPES FRANCOPHONES 2014
Ezza Agha Malak, La Dernière des Croisés et l'engagement féminin. Texte et contexte dans le Liban francophone contemporain _____________________________________________________________ 99 dégradante. Dans sa Poétique , l’imitation ( mimésis ) est avant tout celle de l’action, qui s’inscrit dans une dynamique. Et je reviens à La Dernière des Croisés que j’étudierai dans la perspective du Colloque et du texte en contexte, puisque dans le roman on n’est pas dans le réel, comme on l’aurait cru, mais dans l’illusion de la vraie vie. Grande fresque réaliste, La Dernière des Croisés s’avère être un roman sociologique et un puissant roman psychologique. Une analyse lucide de la vie et le cheminement d’une conscience, celle de la protagoniste Rima et de toutes les filles comme elle dans le Liban contemporain. Ce qui frappe plus dans le roman ce n’est pas la cruauté de la description, l’expression dépouillée et la technique du portait, mais le cynisme tonal qui interpelle le lecteur. Ce n’est pas le cadre narratif générique qui semble important, que la tonalité elle-même comme une référence à l’univers de l’espace, du pays et de la ville. Sous forme d’analyse semi (auto)-biographique, l’auteure retrace la vie tourmentée de la belle Rima et de la ravissante Fattouma, sa cousine. Si l’utilisation du Je à la première personne, atteste la véracité du récit, il implique aussi la participation du lecteur dans la souffrance de la jeune fille maltraitée. Auteur-témoin-narrateur, Ezza Agha Malak prend soin de rester anonyme, de gommer sa présence de témoin (Oktapoda 2011 (a), 190). Elle assume le réalisme, mais elle fait de son roman une véritable poésie. Ni fiction, ni biographie, le roman d’Ezza Agha Malak est le reflet du monde ‘réel’, le miroir de la société libanaise contemporaine, société patriarcale où foisonnent les préjugés sociaux et les pouvoirs abusifs. Je focaliserai sur la structure du récit, la spatialité et la géométrie architecturale du texte pour montrer que le cadre spatio-temporel est très important dans ce roman où la fiction n’est que prétexte à la description du réel. Ezza Agha Malak donne la représentation de son pays et de son époque et peint la fresque complète de la société libanaise. 1. Le monde antinomique des maîtres et des soumis Dans La Dernière des Croisés , l’auteure dénonce le comportement autoritaire des maîtres – de tous les maîtres, j’y reviendrai. Le roman est révélateur de l’écriture dénonciatrice de l’auteure qui revient comme un leitmotiv dans tous ses romans. En plaçant son roman dans l’axe syntagmatique des maîtres et des esclaves, représentés ici par les jeunes filles domestiques, ailleurs par les mères – on le verra –, et ailleurs par les épouses, Ezza Agha Malak écrit le paradoxe du monde et de ce que j’appelle le monde antinomique des maîtres et des soumis. Dans tous les romans suivants, l’auteure dénonce avec rigueur l’homme despote, le diktat dans la société musulmane qui reste encore aux XXe et XXIe siècles une société patriarcale et profondément machiste. Publié premièrement en 1997, et réédité en 2002, La Dernière des Croisés se dresse comme un roman de dénonciation et un roman allégorique, car il est à mon sens le premier d’une série d’autres romans à venir chez Ezza Agha Malak qui sont de plus en plus virulents et dénonciateurs et qui fustigent ouvertement l’homme. Ce sont des romans-vies où la femme est placée au centre du roman. Il s’agit du point de vue d’une femme, et justement, Ezza Agha Malak sait de première main de quoi elle parle. Dans tous ses romans l’auteure parle de la femme musulmane dans la société moyen-orientale, la femme qu’on prend,
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=