AGAPES FRANCOPHONES 2014
Efstratia OKTAPODA Université de Paris IV-Sorbonne, France _____________________________________________________________ 104 Les mots d’Éric sont des mots-réels, chargés de chair et d’affect ; ce ne sont pas des signifiants, ni des ectoplasmes. Si Éric raconte son vécu traumatique, Ezza Agha Malak fait avec ce roman le plaidoyer de l’enfance brisée et des droits de l’enfant. 4. Le politique, les guerres et la realpolitik Après les représentations socio-culturelles ( La Dernière des Croisés ), la défense de la femme ( La Femme de mon mari et Mariée à Paris. Répudiée à Beyrouth ) , la défense des enfants ( Qu’as-tu fait de tes mômes, Papa ? ), la dénonciation des maîtres et du mal-mâle dans la société libanaise contemporaine, le politique constituera le cinquième paradigme de mon étude. La littérature, tout comme l’espace culturel dans lequel elle flotte et circule n’est pas une pratique en vase clos. Comme les autres arts, elle recoupe la politique dans des proportions qui sont déterminées par la géographie et la politique des lieux. Le monde politique, mot-clé important dans la création narrative de Ezza Agha Malak qui ne fait pourtant pas de la politique, ne laisse pas indifférente l’auteure. En 2006, Ezza Agha Malak écrit un roman apocalyptique sur la guerre et les méfaits de la guerre : Bagdad. Des morts qui sonnent plus fort que d’autres , paru aux Éditions de la Société des Écrivains à Paris. La guerre est une source d’inspiration pour l’écrivaine qui ne peut pas rester indifférente aux événements historiques et aux enjeux politiques qui se jouent dans la terre du Moyen et Proche-Orient. L’auteure qui a souffert de la guerre meurtrière qui a ravagé le Liban et les Libanais en 1975, ne peut pas rester indifférente à la guerre qui ravage l’Irak à la suite de l’invasion des Américains. Du paranoïa du mari dans Mariée à Paris. Répudiée à Beyrouth, Ezza Agha Malak dénonce dans Bagdad le paranoïa des hommes politiques qui imposent des représailles et qui tuent au nom de la démocratie (Oktapoda 2010 (a), 149-162). Deux soldats américains étaient morts. Mais ce qui en était résulté fut terriblement inouï. Les chars américains avaient bombardé la ville de toutes parts et de toutes leurs armes automatiques. Quelques centaines de civils innocents avaient succombé. Les médias étrangers avaient condamné ces bombardements insensés qui avaient fait, par ailleurs, deux morts américains ! […] L’apocalypse reprit. De toutes parts, Jade entendait les explosions des grenades et des obus des mortiers. Des rafales des mitrailleuses et des chars d’assaut traversaient le ciel. Elles brûlaient dans leur passage les palmiers qui abritaient le grand parc et qui commencèrent à ressembler à des cadavres carbonisés. Dans un geste de survie, l’homme et la femme se retirèrent derrière la porte de l’antichambre où se trouvait le concierge. D’autres sirènes se firent entendre et au même moment d’autres blessés arrivèrent, transportés dans les bras ou à dos d’hommes. Dans tous les coins de l’hôpital, s’amoncelaient les corps des Irakiens. Des parents, des frères ou des amis, portaient leurs morts ou leurs blessés, comme on porte des sacs, sans brancard ni civière, alors que ces derniers hurlaient de douleur. Confondu aux cris, le bruit du transistor se fit entendre, confirmant ironiquement ces fous bombardements américains. Mais le lendemain, les médias ignorèrent cet événement : La vague d’un Tsunami meurtrier occupa le monde entier. Ce terrible événement tellurique étouffa toute autre
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