AGAPES FRANCOPHONES 2014
Ezza Agha Malak, La Dernière des Croisés et l'engagement féminin. Texte et contexte dans le Liban francophone contemporain _____________________________________________________________ 105 nouvelle. Des morts irakiens tombaient tous les jours mais restaient ignorés. Les médias, américains et européens, semblaient avoir oublié l’affaire de l’Iraq et les folies meurtrières quotidiennes. Le cataclysme naturel qui s’était abattu sur de pauvres pays primait. Pendant des jours, ce fut d’une courte phrase que sporadiquement on évoquait le conflit irakien. « Y aurait-il donc des morts qui sonnent plus forts que d’autres ? ». C’était la voix de Sarah qui s’éleva, chevrotante et profonde, ne s’adressant à personne. […] Mais c’était Rama qui en avait payé le prix. Sa toute jeune Rama, qui la lui rendrait ? Qui la sauverait ? Qui lui insufflerait la vie? ( Bagdad 215-217) L’auteure affirme la véracité du récit et en attestant les faits réels, elle intègre son récit dans le récit de l’Histoire. Cette histoire n’est ni inventée ni imaginée. La part de fiction y est minime. Jade existe. Il se trouve dans un asile psychiatrique. ( Bagdad Quatrième de couverture) L’auteure a « conscience que rien ne changera le monde, que l’Homme a toujours été le même à la recherche du pouvoir, que la barbarie a toujours existé, que les religions ont de tout temps engendré des extrémismes, que la politique est bien une sale affaire et que la vie opposera les plus faibles aux plus forts. Rien n’a changé », écrit Philippe Kandalaft (2006) à propos de Bagdad 6 . Bagdad. Des morts qui sonnent plus fort que d’autres est un roman très fort, déstabilisant. Un roman profondément humain et hautement philosophique. Désormais, Ezza Agha Malak devient auteure engagée et écrit pour la cause des faibles : des faibles de l’humanité et des victimes de guerre, les femmes et les enfants. Si Bagdad est un roman sur la guerre, son dernier roman Balafres ou le silence de la Méditerranée paru chez L’Harmattan en octobre 2013, est un roman de guerre de grand souffle et une grande fresque épique. Un biopic. Véritable récit de guerre et d’amour, d’amitié et de haine, du sacré et du pouvoir politique, de la foi et de la corruption. Si tous ces paradigmes se rapprochent pour composer la trame de l’histoire, Balafres s’inscrit dans le contexte de la guerre du Liban qui nourrit et qui torture l’imaginaire de l’auteure. Balafres est une épopée réaliste où les souvenirs et les douleurs du narrateur font surface pour raconter sur le fond d’une histoire d’amour les avatars historiques, socioculturels et psychologiques de la guerre du Liban (quatrième de couverture). Si la guerre du Liban est la sienne, Ezza Agha Malak entraîne le lecteur au fond du labyrinthe pour le remonter ensuite grâce à l’optimisme qui la caractérise. La guerre des autres ? Comment ça ? Les autres, c’étaient nous. Et elle était bien notre guerre à laquelle nous avons directement ou indirectement participé [...] Et pour éteindre les feux de la haine entre Caïn et Abel, nous avons fait appel aux autres en les laissant s’immiscer dans nos affaires. Nous 6 <http://www.lb.auf.org/malak/livre14.htm> . (consulté le 12 janvier 2014)
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