AGAPES FRANCOPHONES 2014
Trond Kruke SALBERG Université d’Oslo, Norvège _____________________________________________________________ 126 Il faut maintenant venger Roland, dit le roi : « […] Si Arrabiz de venir ne·s repentent, La mort Rollant lur quid cherement rendre. » Respunt dux Neimes : « E Deus le nos cunsente ! » Carles apelet Rabe[l] e Guineman, Ço dist li reis : « Seignurs, jo vos cumant, Seiez es lieus Oliver e Rollant ! L’un port l’espée e l’altre l’olifant […]. » 18 Le roi montre d’une manière symbolique qu’il a fort bien compris que la mort de son neveu n’est pas la fin de tout et que le combat doit continuer : il donne la célèbre épée Durendal et le non moins célèbre olifant , c’est-à-dire les attributs principaux de Roland, à deux autres chevaliers. Ceci est à mon sens l’élément central de la morale de notre chanson : la nécessité de ne jamais abandonner le combat et la conscience que celui-ci ne prend fin qu’avec la mort. Il est vrai que cette mort est une fin heureuse. Quand Roland meurt, un ange arrive qui l’emmène directement dans le ciel. (Un Sarrasin qui meurt est emmené ailleurs, par un démon.) Le salut du guerrier chrétien est assuré. Mais Charles et ses hommes n’en vivent pas moins perpétuellement, sans trêve, dans une situation extrême : celle de la lutte jusqu’à la mort. C’est cela, à mon sens, qui explique le sentiment d’orgueil et d’honneur exaspéré qu’ils montrent en toute circonstance. Ce sont peut-être les dernières paroles de l’archevêque de Reims qui donnent la meilleure expression de l’attitude ces hommes : Turpins de Reins, quant se sent abatut, De ·iiii· espiez parmi le cors ferut, Isnelement li ber resaillit sus, Rollant reguardet, puis si li est curut. E dist un mot : « Ne sui mie vencut ! Ja bon vassal nen ert vis recreüt. » 19 (2083-88) Alors il s’écrie à voix forte et haute : « Barons français, aux chevaux et aux armes ! » 18 « […] Si les Arabes ne changent pas leur décision de venir, Je pense leur vendre chèrement la mort de Rolland. ‒ Duc Naimon répond : Que Dieu nous accorde cela ! » Charles appelle Rabel et Guineman ; Le roi dit ceci : « Seigneurs, je vous le commande, Soyez à la place d’Olivier et à la place de Rolland : Que l’un porte l’épée et l’autre l’olifant. […] » 19 Turpin de Reims, quand il sent qu’il est abattu, Frappé à travers le corps de quatre épieux, Le vaillant homme saute rapidement en haut ; Il regarde Rolland, puis il est couru à lui, Et il dit un mot : « Je ne suis pas vaincu ! Un bon chevalier n’est jamais battu tant qu’il vit. »
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