AGAPES FRANCOPHONES 2014
Amadou SOW Université Assane Seck de Ziguinchor, Sénégal _____________________________________________________________ 130 En lisant Le Jujubier du patriarche , le lecteur ne peut s’empêcher d’éprouver le même sentiment que l’auditeur d’une performance orale, dans la mesure où il a conscience d’appartenir au même groupe social, à la même histoire que l’auteure de ce roman. Ainsi, cette œuvre majeure de la littérature africaine écrite permet-elle de remettre en question une idée faussement défendue et qui consiste à considérer que l’écrit sépare, dissèque, segmente, tout comme l’oralité se présente comme quelque chose de figé, de rétrogradé ou d’hostile aux mutations. Aminata Sow Fall a su réconcilier ces deux formes de transmission de message en montrant que l’écrit tient bien compte du passé, et que l’oralité intègre les changements avec lesquels elle s’adapte sans se départir de l’improvisation qui est l’une de ces principales caractéristiques. Notre communication mettra l’accent sur la présence de la transmission orale et des aspects de la modernité dans cette œuvre de fiction qu’est Le Jujubier du patriarche . Les genres de la transmission orale Le rôle déterminant des traditions orales dans l’histoire de l’humanité est incontestable. Beaucoup de civilisations se manifestent encore uniquement ou principalement grâce à elles. La tradition orale, fondement et véhicule incontestable des civilisations et des cultures, continue d’être la base des concepts et des valeurs modernes. Celle-ci s’exprime à travers la transmission orale qui, grâce à la parole humaine, conserve et transmet de génération en génération des éléments appartenant à des domaines aussi divers et variés que la littérature orale, les généalogies, les rituels, les coutumes, les recettes et techniques ancrés dans le passé lointain des sociétés et transmis par les générations antérieures. Convaincue que la transmission orale est tributaire des genres oraux, Aminata Sow Fall, dans Le Jujubier du patriarche , accorde une place prépondérante à l’épopée, au mythe, au chant et au proverbe, sans négliger le style de la communication orale qu’elle intègre dans l’écriture romanesque. L’épopée et le mythe Nous étudions l’épopée et le mythe ensemble à cause de la tendance de la romancière à mettre ces deux genres côte-à-côte. Pour éviter de disséquer notre travail et de tomber dans la répétition des exemples qui peuvent servir aussi bien pour l’épopée que pour le mythe, nous choisissons de les traiter dans une même partie. D’ailleurs, répondant à une question relative à son inspiration mythopoétique dans ce roman, Aminata Sow Fall affirme son intérêt pour tout qui relève du mythe, de la légende, de la culture, de la tradition et même de la modernité 2 . Cette position montre non seulement que l’auteure est très attachée à ses valeurs traditionnelles, en même temps qu’elle reste ouverte au monde, mais aussi qu’elle considère les genres de l’oralité comme un grand ensemble difficilement dissécable. En s’inspirant de l’oralité pour écrire son roman, Aminata Sow Fall réaffirme son ancrage culturel. Dès lors, Le jujubier du 2 Médoune Gueye, Aminata Sow Fall. Oralité et société dans l’œuvre romanesque , L’Harmattan, 2005, p. 167.
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