AGAPES FRANCOPHONES 2014
Amadou SOW Université Assane Seck de Ziguinchor, Sénégal _____________________________________________________________ 132 qui remonte aux origines très lointaines avec des conflits très graves qui ont opposé les ancêtres et qui ont continué de sévir jusqu’aux temps contemporains. C’est le cas de l’acharnement inexplicable de Tacko vis-à-vis de Naarou qui, pourtant, la considère comme une mère. Au nom d’une prétendue supériorité de rang social-Naarou est issue de sang mêlé- elle ne cesse de lui rappeler un passé qu’elle considère comme peu glorieux, introduisant ainsi la lancinante question du système des castes en Afrique : « Dans sa famille, on avait l’habitude de confier les enfants, filles ou garçons, aux descendants des Damels. C’est une façon de perpétuer l’histoire qui, un jour que personne ne se rappelait plus, avait fait porter le joug de l’esclavage aux aïeux de Warèle, l’ancêtre presque mythique de Naarou. L’héritage, plus tard, avait placé Warèle sous la tutelle de Thioro, la mère d’Almamy de Sarebib ». (17) C’est le fonctionnement des sociétés africaines traditionnelles généralement hiérarchisées qui apparaît à travers ces castes qui, par la suite connaîtront des mutations entraînées par les mariages exogamiques ou les relations adultérines que certains ont du mal à assumer, quitte à renier une partie de leur chair. En guise d’illustration, nous pouvons nous référer à ce passage qui fournit des informations précises sur la nature des relations entre des individus de catégories sociales différentes : Depuis, la tradition avait allégrement chevauché les siècles sans remettre en question la loi tacitement acceptée d’un cheminement parallèle entre les familles des anciens maîtres et de celles qui descendaient des esclaves. Pourtant au fil du temps, les « sangs s’étaient mêlés » à l’échelon le plus élevé de la hiérarchie sans entraîner une véritable fusion, l’échange étant inégal : aux hommes nobles de se permettre des escapades amoureuses hors des frontières de leur caste ; aux autres de ne chasser que dans les limites de leur territoire. (18) Le jujubier du patriarche est en définitive, un roman fortement marqué par une inspiration mythico-épique avec ses personnages entre l’histoire, le mythe et la légende, les nombreux conflits parfois sanglants qui le jalonnent, la présence de la hiérarchisation sociale à travers le système des castes, etc. Cependant, après la guerre arrive la paix pour le bonheur de toute une famille déchirée pendant longtemps par des conflits aux conséquences néfastes. Ainsi, après la tragédie, le roman devient un chant de gloire dédié aux illustres figures du passé. Le chant et la poésie orale Le jujubier du patriarche n’est pas seulement un roman de tension, de conflits sociaux matérialisés par les hostilités et les rivalités familiales ; c’est aussi un chant d’amour, un hymne à la paix, un appel à la réconciliation et un hommage aux ancêtres glorieux qui représentent des symboles pour toute une lignée : Dioumana la femme « ensorceleuse » qui a séjourné pendant longtemps dans le ventre d’une baleine, Sarebibi le « saint invisible, l’ascète qui guidait dans l’ombre le bras de son fils », l’Almamy, le guide enturbanné au « regard hypnotisant », Yelimané le brave fils de Sarebibi et Guéladio le chasseur intrépide, défenseur des valeurs ancestrales. Ce chant est rehaussé par la présence permanente de griots comme Koumane et son fils Lambi et Naani qui
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