AGAPES FRANCOPHONES 2014

Amadou SOW Université Assane Seck de Ziguinchor, Sénégal _____________________________________________________________ 134 d’expériences, comme : « L’enfant, c’est le soleil du foyer » (38), « Aduna potundaa la 4 » (55). En plus de ces proverbes et vérités d’expérience, Aminata Sow Fall n’hésite pas à insérer des termes ou expressions de la langue wolof 5 dans le récit en français. Concernant les termes, nous pouvons citer : cey (interjection qui exprime l’étonnement, 21), taara (esclave qu’on épouse après quatre femmes de rang noble, 55), le kersa (discrétion, respect, 56), ndeyssaan (interjection qui exprime la compassion, 21), walaay (interjection pour insister, 21), etc. C’est dans cet ordre d’idées que, pour exprimer l’entrée inattendue d’Idy dans la politique, le narrateur termine sa phrase par une onomatopée qui sied à la circonstance : « Plonger comme un grand dans la politique Sëmbëx (onomatopée imitant le bruit du plongeon, 58). De même, pour secouer son fils paresseux et l’amener à se pendre en charge, Penda, très déçue, adresse cette expression assez dure à Idy : « Si tu n’étais toujours pas tassé dans ton fauteuil comme un boli de dahinmbeup 6 , tu t’en serais bien sorti ! » (56). À cela il convient d’ajouter d’autres expressions wolof comme nàkkjom (qui n’a pas le sens de l’honneur, 58), yallatéré (Que Dieu ne le fasse pas ! 53). Dans ce roman, nous notons aussi des expressions qui relèvent de la traduction littérale du wolof en français. Par ce fait, tout en restant fidèle à la pensée des personnages, sans en altérer pour autant les normes de la langue française, l’auteure procède comme Ahmadou Kourouma 7 en traduisant directement sa pensée du malinké au français. Ce procédé lui permet de surmonter les difficultés d’écrire dans une langue qui n’est pas la sienne. Pour illustrer cette idée, nous pouvons nous reporter à la discussion qu’ont eue Naarou et Bouri, lorsque la première adressa ces propos à la seconde : « Ta langue, que je sache, tu ne l’as jamais cachée au fond de ta poche ! » (34). Cette expression est assez courante au Sénégal quand il s’agit de parler de quelqu’un qui n’a pas froid aux yeux. L’incursion du wolof est également perceptible dans cette phrase utilisée de manière générale pour insister sur le divorce et, par conséquent, pour le rendre plus valable aux yeux de la société : « je divorce une fois, je divorce, deux fois. Je divorce trois fois ». (41) En outre, lorsque Yelli s’adresse à sa femme Tacko, jalouse de la réussite de Naarou, nous retrouvons une traduction littérale du wolof : « C’est moche et indigne ! Sortir ces laideurs, à Naarou qui est notre fille ! Tu as enfourché le cheval de la jalousie et tu as franchies une limite interdite. » Nous pouvons aussi ajouter cette formule fréquemment utilisée en wolof et que l’auteure introduit dans le discours en français : « À l’époque, elle était dans les Ndënd 8 ». (42) Au regard de tous ces éléments, nous remarquons que Le Jujubier du patriarche est un roman qui emprunte beaucoup de mots et d’expressions à la 4 A chacun son tour. 5 La langue la plus parlée au Sénégal. 6 Plat fait de riz pâteux préparé avec de la pâte d’arachide 7 Ahmadou Kourouma, Les soleils des indépendances , Montréal, Presses de l’université de Montréal, 1970. 8 Ndënd : instrument de musique, sorte de tam-tam souvent utilisé pour rythmer les séances de lutte. Il s’agit de montrer que quelqu’un est au sommet de sa gloire.

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