AGAPES FRANCOPHONES 2014

Elena-Brandusa STEICIUC Université « Ştefan cel Mare » Suceava, Roumanie _____________________________________________________________ 142 142 écrit, c’est pour témoigner, pour faire savoir au monde « l’existence d’un peuple en souffrance parmi les autres peuples de la terre ». La nostalgie des racines berbères chez Mouloud Mammeri Né en 1917 dans un petit village de la Grande Kabylie, Mouloud Mammeri a fait ses études dans son village natal, pour les continuer à Alger et à Paris (Licence en Lettres à la Sorbonne). Pendant la guerre il a été mobilisé deux fois et cette expérience n’a pas manqué de laisser des traces, surtout dans son premier roman. Ensuite il a travaillé comme professeur dans divers lycées, il a enseigné le berbère à l’Université d’Alger. De 1966 à 1982 il a été directeur du Centre de Recherches Anthropologiques, Préhistoriques et Ethnologiques; il a été également le premier président de l’Union des Écrivains Algériens Amazigh (de culture Kabyle). Le romancier a trouvé sa mort dans un accident de voiture, en 1989, au retour, d’une conférence donnée au Maroc. Parmi ses écrits littéraires, il faut rappeler trois grands romans : La Colline oubliée (1952 - Prix des quatre jurys) ; Le Sommeil du juste (1955) ; L’Opium et le bâton (1965). À côté de ces œuvres, il a écrit des pièces de théâtre et des recueils de contes et nouvelles. Se proposant de sortir de l’oubli la culture et la langue de ses ancêtres, Mouloud Mammeri a publié des recueils de poèmes kabyles traduits, de même qu’une Grammaire berbère , tout cela pour que cette culture cesse d’être « une culture de réserve indienne ou une activité marginale, plus tolérée qu’admise », comme il l’affirmait. La colline oubliée, premier roman de Mammeri, entame une thématique qui va sous-tendre ses autres romans : la présence du milieu natal avec ses mentalités, ses traditions, ses espoirs et ses malheurs ; la mise en parallèle du destin individuel et du destin collectif, tous les deux pris dans les rouages de l’Histoire (les années 30 – 70 du XX e siècle) ; la Kabylie traditionnelle, menacée de disparaître au contact de la civilisation moderne et son salut par le souvenir. Le village de Tasga est le théâtre des événements, situé dans les montagnes de Haute Kabylie où vivent, selon des lois anciennes, de nombreuses familles berbères, ayant chacune un destin plus ou moins heureux. La narration commence en 1939, à la veille de la seconde guerre mondiale et bien qu’isolé ce village sera atteint par les effets de la conflagration mondiale. Sur l’avant-scène se situe un groupe de jeunes gens – la plupart très instruits et n’ayant pas encore de responsabilités familiales –, qui forment deux groupes rivaux. D’une part, « ceux de Taasast », fils de familles aisées, dont le lieu de rencontre est une chambre haute d’où ils peuvent surveiller tout le village ; d’autre part, « la bande », des jeunes qui avaient quitté l’école très tôt et déjà travaillé en France. Pour oublier leurs malheurs, ils organisaient de magnifiques senjas (cœurs et fêtes). Parmi les principaux membres du premier groupe il y a Mokrane, un jeune rêveur, étudiant ; Menach, amoureux d’une femme mariée, Davda ; Meddour, futur instituteur ; Sekoura, la sœur de ce dernier ; Aazi, la cousine de Menach, qui deviendra bientôt l'épouse de Mokrane, dans un mariage arrangé par les parents. La vue plongeante que « ceux de Taasast » ont sur leur monde ne veut pas dire qu’ils s’en dissocient, bien au contraire : ces jeunes sont particulièrement respectueux des traditions et très attachés à leur communauté,

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