AGAPES FRANCOPHONES 2014

L’impact du contexte socioculturel sur la réécriture de la Genèse dans le Jeu d’Adam _____________________________________________________________ 149 Examinons maintenant les relations de réécriture entre le texte de la Genèse et Le Jeu d’Adam . Gérard Genette (291) précise dans Palimpsestes que l’une des pratiques hypertextuelles les plus importantes est « la transformation sérieuse ou la transposition ». Il explique ensuite qu’« un texte peut subir deux types antithétiques de transformation, l’une consiste à l’abréger – [il] la baptiser[a] réduction -, l’autre à l’étendre : [il l’appellera] augmentation » (Genette 1982, 321). Nous sommes bien dans le cas d’une augmentation. Nous passons des quelques versets bibliques à cinq cent quatre vingt huit vers qui les mettent en scène. En focalisant l’attention sur l’étude de ce procédé, Genette explique qu’il existe deux types de procédés de transposition en cas d’augmentation : l’ extension et l’ expansion . Nous allons essayer de montrer que le dramaturge médiéval recourt à ces deux techniques afin de réécrire le texte de la Genèse. L’alternance entre expansion et extension est le moteur de création et d’originalité du Jeu d’Adam . L ’expansion « procède non [pas] par addition massive, mais par une sorte de dilatation stylistique. Disons par caricature qu’il s’agit ici de doubler ou de tripler la longueur de chaque phrase de l’hypotexte. C’est la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf » (Genette 1982, 372). Le dramaturge reste fidèle à son hypotexte . Il reprend, dans l’ordre, presque tous les mythèmes du texte génésiaque et les développe un à un. Même si les premiers versets qui évoquent la création de l’univers, de l’homme et de la femme ne sont pas représentés sur scène, ils sont évoqués au milieu de la pièce essentiellement dans les propos de Figura qui intervient dès le début du Jeu : Dieu s’adresse à Adam pour lui expliquer comment il a été créé et comment est née Ève. Figura à Adam : Je te ai fourmé a mun semblant, A mon imagene t’ai feit, de terre, Ne moi devez ja mais mover guere. […] Je t’ai duné bon cumpainun : Ce est ta femme, Eva a noun. […] De ta coste l’ai fourmee, N’est pas estrange, de tei est nee. À ces quelques répliques correspondent les deux versets de la Genèse : « Élohim créa donc l’homme à son image. À l’image d’Élohim il le créa. » (Gn, I-27), et « Il prit une de ses côtes et enferma de la chair à la place. Iahvé Élohim bâtit en femme la côte qu’il avait prise de l’homme. » (Gn, II-21). Dans la version médiévale, les phrases brèves de la Genèse sont plus développées grâce au dialogue mais le contenu reste fidèle aux informations données par le texte biblique.

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